‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 34 sur 154 · ADOLPHE, LÉON · texte numérisé non relu

ADOLPHE, LÉON

ADOLPHE, riant.

Ouf! la voilà partiel... j'ai cru que je ne pourrais jamais me tirer de mes petits mensonges !

LliON.

C'est bien vous, mon cher Adolphe ; vous qui étiez mon protecteur, et qui me défendiez toujours au lycée; dame!

Sr.i-.iBE. — fEuvres complètps. lline Série. — 8 "* Vol. — 5

voilà au moins deux ans que vous avez quitté la pension, et j'étais bien jeune; mais, voyez-vous, les amitiés du collège... c'est sacré.

AIR du vaudeville de La Chambre à coucher.

Quels que soient les rangs et les grades.

Nous obliger est la commune loi, Je compte sur mes camarades, Comme ils peuvent compter sur moi.

De nos serments conservant la mémoire.

Guidant celui qui chancelle en chemin,

Toujours unis, marchons tous à la gloire, En nous donnant la main. {Bis.)

ADOLPHE

Ausà, suis-je bien heureux de te rencontrer, moi qui ne connais ici personne.

En effet, ce trouble, cet air d'embarras... Pourquoi cacher votre nom et vous faire notaire ?

ADOLPHE

Tu le sauras, mon cher Léon : tu es bien jeune, sans doute, pour recevoir une pareille confidence, mais tu as une raison, une prudence au-dessus de ton âge; j'ai besoin de Ion secours, et je suis persuadé que tu ne me le refuseras pas.

LÉON

A un ami, à un ancien camarade !... dieux! que je suis content de pouvoir être bon à quelque chose!

ADOLPHE

Tu ne peux pas trouver une plus belle occasion : car, Dieu merci, je ne sais plus où donner de la tôle I poursuivi de tous côtés, séparé de celle que j'aime...

LÉON

Comment, vous êtes aussi amoureux?

LA PETITK sœUR 75

ADOLPHE

Chut! mon cher Léon ! de la discrétion... Oui, je vodais me marier malgré les ordres de mon oncle, digne et excellent marin qui ne veut penser à m'établir que lorsque je serai contre-amiral; ma foi, je n'ai pas voulu attendre le brevet, qui pouvait rester longtemps en route, et j'étais parti de Paris pour venir demander le consentement des parents de celle que j'aime ; juge de mon malheur : je m'arrête à trois lieues d'ici pour faire raccommoder ma voilure; je soupe avec un brigadier de gendarmerie fort honnête, et comme je cause assez facilement, il sait bien vite mon nom et mon état!... « De Villiers? dit-il. — Oui, monsieur. — Officier de marine? — Sans doute. — C'est bien cela, je vous arrête ! »

LÉON

Comment 1

ADOLPHE

Oh ! mon Dieu, en deux minutes une chaise de poste se trouve prête, on m'y fait monter, et j'arrive au château de Saint- Vincent, où j'ai passé deux mois et demi sans pouvoir obtenir la moindre explication de mes gardiens, ni une seule \isite du commandant du département, à qui j'ai écrit plus de vingt lettres, et qui m'a toujours répondu fort sèchement !

LÉON

Et vous ne soupçonnez pas le motif de cette singulière arrestation ?

ADOLPHE

Ah ! si fait, il n'y a que mon oncle capable d'une pareille alLontion ; il aura été instruit de mon amour, de mes projets de mariage, et pour s'y opposer il aura obtenu un ordre. Mais, ma foi, je n'y tenais plus... deux mois et demi séparé de celle que j'aime, sans savoir ce qu'elle était devenue...

AIR du vaudeville de Voltaire chez fiinon. Pour mieux dérouter mon gardien,

Employant un adroit manège, J'ai fait le malade. ..

LÉON

Fort bien ; Comme nous faisons au collège !

ADOLPHE

Puis me glissant, après cela, Le long du mur de la tourelle...

LÉON

Ah ! grands dieux! que n'étais-je là Pour vous faire la courte échelle!

Et vous vous êtes sauvé?

ADOLPHE

Oui, mais fort embarrassé de ma personne, craignant à chaque pas de rencontrer mon honnête brigadier ; j'allais m'éloigner, lorsque hier soir, le hasard me conduit à une danse de village ; j'entends nommer mademoiselle de Rostanges, je m'approche, je fais jaser la petite Jenny, et j'apprends que PauUne est dans ce château...

LÉON

Quoi! ce serait... ma cousine?

ADOLPHE

Elle-même; je n'ai pu résister au désir de la voir, de la rassurer sur mon sort, et comme en rôdant dans le parc j'ai entendu les domestiques parler dun contrat de mariage, d'un notaire qu'on attendait, cela m'a suffi, et je me présente à tout hasard. Ah çà! qui est-ce qui se marie donc ici?

LÉON

Ah ! mon Dieu ! mais c'est votre prétendue.

ADOLPilE.

Pauline!

LÉON

Je ne m'étonne plus si elle était si triste.

LA l'ETITE SœUR

AIR : Ces postillons sont d'une mnlailicsse.

Elle n'aura pu s'en di'fendro, Craignant sans doule et le bruit et l'éclat ; Mais vous allez tout voir et tout entendre,

Car vous signerez au contrat.

Que de maris ont, dit-on, en ménage Des accidents aussi fâcheux au moins, Et qui n'ont pas, comme vous, l'avantage D'en être les témoins!

Mais j'entends du biuit.

ADOLPHE

El quel esile fulur?

LÉON

Un M. Legrand, un ami de mou oncle que je ne connais

pas.

ADOLPni;:.

Eh bien ! il ne risque rien !

LÉON

On vient, vite à votre rôle! Avez-vous seulement des papiers?

ADOLPHE, fouillant dans sa pocbe.

Oui, oui, des ordres du ministre de la marine, les réponses du commandant de la citadelle; voilà mon dossier, mes minutes.

Chut ! voici mon oncle et Pauline.

Page 1