‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 4 sur 154 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les mêmes; DUFOUR, ALEXIS, GROSJEAN, EUSTACHE, Paysans.

(Grosjean a sa blouse de cbarretier et le fouet à In main ; — Eustache, la plaque sur le bras et le fusil sur l'épaule. — Dufour et Alexis portent leurs paquets.)

DUFOUR et ALEXIS, donnant la main à Gervais et aux paysans.

AIR : L'heul'oux temps qu' celui d' la moisson. (Uelena

Mes amis !... quel accueil flatteur !

Que de soins!... le joli voyage!

Vraiment, pour connaître le vrai bonheur, Il faut se fixer au village.

GERVAIS et M™^ SIMOXNEAU, saluant.

Quoi ! c'est vous... messieurs, quel bonheur I Célébrons votre heureux voyage.

Vraiment, c'est pour nous beaucoup trop d'honneur, D' quitter Paris pour le village.

EUSTACHE, GROSJEAN et LES PAYSANS.

\'ous r'cevoir est un vrai bonheur.

Oui, messieurs, croyez nof langage; Ici j' parlons toujours du fond du cœur, V'iii comni' je somm's tous au village.

ALEXIS

Hein! quel accueil, mon père! quelle franchise... quelle cordialité... et quel beau pays!... et que de sites pittoresques... quelle roule varitje!...

DUFOUR

Oui, la rjiitc est assez jolie... si ce n'est le tournant où nous avons versé...

ALEXIS

Comme on s'est empressé autour de nous ! et cela sans intérêt ! ce brave garde champêtre qui nous a servi d'escorte...

EUSTACHE

Monsieur... certainement... c'est mon devoir... Respect

aux propriétés... je ne connais que ça. (Bas à madame Simon-

neau.) Dites donc, ma tante... je vous les amenais pour qu'ils logent chez vous.

ALEXIS, montrant Grosjean.

Cet honnête voiturier qui nous offre sur-le-champ sa voiture... qui se charge de nos paquets.

GROSJEAN.

Dame !... faut ben s'entrc-aider. (a part.) Tout d' même, j'espère ben qui m' paieront'... sans ça... mon voyage...

DUFOUR

Oui, mais dans la bagarre, nous avons perdu notre pâté et nos deux bouteilles de vin de Bordeaux...

GROSJEAN.

Aga... j' les a.-ais pourtant mis derrière la charrette... mais c'est qu'il y a tant de cahots... ils auront glissé...

EUSTACHE, d'un air sournoi» et montrant le goulot d'une bouteille.

Allez... ils n' seront pas perdus pour tout le monde...

GROSJEAN, de même, tâtant le pâté qui est dans sa poche.

Pardine... y a des gens qu'ont la main heureuse !...

DUFOUR

Ah çà! père Gervais, vous allez me conduire à La Grange!

GERVAIS

C'est qu'il n'y a rien de préparé...

DUFOUR

Je m'en doute bien, aussi je vais y faire un tour pour que nous pui sions demain nous y établir.

M™* SLMONNEAU.

J'espère alors, monsieur Dufour, que vous passerez la nuil ici, que vous ne logerez pas autre part que chez moi... Vite, Eustache... (Montrant EustHcbe.j c'est mon neveu que je vous présente.

EUSTACHE, prenant leurs valises.

Oui, messieurs, j'aurai l'œil à vos effets .. j' suis là .. respect aux propriétés...

M'"'^ SIMONNEAU

AIK du vauJeville Je Ttireiine.

C'est un gaillard, il est alerte;

De ses servic's vous s'rez contents.

(a Eustache.) Va préparer la chambre verte, Et dans les lits mets dos draps blancs. C'est de la belle et bonne toile...

DUFOUR

Puisqu'il le faut, logeons chez vous.

ALEXIS

Ah! quel dommage, il eût été si doux.

De coucher à la belle étoile!

Mais, vous le voyez, mon père, quelle douce hospitalité!...

DUFOUR

Ah çà ! et moi, pour me rendre à La Grange, je suis un peu fatigué... pourriez -vous me procurer une mouture?...

GROSJEAN.

Pardine, monsieur... j ons mes deux bétes à vol' service... mon petit i,n-is et puis poil d'omelette... un joli cheval.

UERVAIS, bas.

Qu'est-ce que tu dis donc? il boite à faire trembler.

GROSJEAN, bas.

C'est à cause de ça... s'il pouvait m' l'écloppor tout à fait...

LA CAMl'AGNE 13

il me r paierait donc !... (Haut.) J' vas vous 1' préparer... poil

d'omelette.

DUFOUR

AIR : D'un tendre cœur bannis la peur.

Toi, mon fils, admire en ces lieux

Et la nature

El l,a verdure.

Toi, mon fils, reste dans ces lieux; Je reviens dans une heure ou doux.

GROJJEAN.

Voir* monture est des plus ingambes.

Ah ! je 1' prévois, vous march'rez bien, Avec un cheval tel que 1' mien On s' trouve toujours sur ses jambes.

Attendez un moment, j' vas 1' seller.

(il sort avec M™*^ Simonneou et les paysans.) ALEXIS.

V'ià une brave femme... que cette madame Simonneau ! une rondeur... une iranchise... elle mérite de prospérer.

GERVAIS

Ainsi fait-elle, mon jeune seigneur.

DUFOUR

Ah çà ! d'après ce que vous me dites, père Gervais, je vois qu'il y aura quelques irais à faire pour nous installer à La Grange...

GERVAIS

Ah ! c'était magnifique quand vous l'avez acheté... mais vous sentez bien que n'habitant pas... ^a se détériore...

DUFOUR

C'est juste... heureusement que vous avez à nous de l'argent... ça servira pour les réparations.

GERVAIS, à port.

Ail ! diable. (Haut.) Quand vous voudrez, monsieur Du-

four, vos six cents francs sont prêts. (\ part.) Faut absolument trouver quelque moyen... (Haut.) Pardon si je vous quitte un moment, je ne sais ce qu'est devenue ma fille et j'aurais voulu vous la présenter... (Appelant.) Madeleine ! Madeleine !...

(il rentre dans sa ferme. )

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