L.V CAMHAriNK
DUFOUn.
Dame!... J'avais arrangé ton mariage avec la tille de mon ancien associé...
ALIÎXIS.
Oui... une petite évaporée... bien légère, bien coquette...
DUFOUR
Tu n'en sais rien, tu n'as pas seulement voulu la voir.
ALEXIS
Mon Dieu ! papa... elle avait été élevée à Paris... ça dit loul.
DLKOLR.
Elle avait de la fortune.
La fortune !... la lortune... qu'est-ce que c'est, auprès du bonheur!... C'est ici, papa, que je veux choisir ma femme... et mon beau-père parmi ces bons campagnards, ces respectables pasteurs... tenez, cet honnête Gervais...
DLFOL'R.
Qu'est-ce que tu 'lis donc ? tu le connais à peine...
ALEXIS
Je ne le connais môme |)as du tout... mais celte physionomie vénérable... ces cheveux blancs... croyez-vous qu'ils soient là pour rien?... des cheveux blancs à la campagne, ça dit tout, et quand j'aurais commandé un beau-père tout exprès...
DUFOLR.
L'n moment !... un moment...
ALEXIS
Quel avantage pour nous... il fait valoir nos terres, il gurveille nos troupeaux... le soir, il vient se délasser de ses travaux au sein de sa famille... Le voyez-vous, assis dans le grand fauteuil au bout de la table, et ses petits-enfants sur (ies genoux, qu'il fixe d'un regard attendri... tandis que
l'aîné vous pince les mollets ou vous arrache votre perruque...
DUFOL'R, attendri.
Ah ! mon ami.
ALEXIS
Est-ce que ça ne vaut pas une partie de piquet ?... Et sa fille... Ah ! Dieu ! sa fille... je la vois d'ici... une taille svelte... un pied mignon... sur ses joues le duvet de la pêche, une véritable Estelle... l'innocence, la candeur même... qui ne connaît que ses agneaux, son mari, son chien... et ses enfants I Rcgardez-Ia au milieu de son ménage... comme elle s'occupe de tout le monde, de vous, de son père, de moi, de ses marmots... elle donne la soupe à l'un, la bouillie à l'autre, un baiser à celui-ci... le fouet à celuilà... et nous, nous jouissons de ce tableau patriarcal.
DUFOUR, l'embrassant.
Je n'y tiens plus, finis... fiais, je l'en prie, tu me fais pleurer comme une hèle... cet Alexis-là a un feu, une imagination... je ne sais pas comment j'ai pu faire un garçon aussi vii... aussi spirituel...