‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 78 sur 154 · L.\DV MOROSE, BIDL'LF · texte numérisé non relu

L.\DV MOROSE, BIDL'LF

UIDUI.r, d'un nir tr.'s-ngilé.

C'est une horreur... nous iffigirions pas aiusi en pays ennemi.

LES PETITES MISÈflES DE LA VIE HUMAINE 173

LADV MOROSE.

Eli! bon Dieu, qu'y a-l-il donc?

BIDULF.

Il est des choses qui sont du droit des gens... des choses que les nations civilisées devraient respecter... enfin, madame... notre dîner...

LADV MOROSE.

Que me dites-vous là?

lîlDULF.

Notre dîner... a subi toutes les horreurs de l'invasion... c'est comme j'ai l'honneur de vous le dire... votre salle à manger a été prise d'assaut par les Français.

LADY MOROSE, à part.

. A merveille.

* BIDULF.

Et ils ont galamment invité ces dames, qui ont eu l'indignité d'accepter... jusqu'à ma sœur, miss Bidulf, qui a eu la faiblesse... (car j'aime mieux mettre cela sur le compte de la frayeur), qui a eu la faiblesse de mander avec un appclil scandaleux.

LADY MOROSE

lih ! mais tant mieux; c'est autant de pris sur l'ennemi... El mon mari ?

BIDULF.

Ce n'est pas lui qui se serait assis h table... D'ailleurs, il n'y avait plus de place.

LADY MOROSE

Ah ! mon Dieu ! lui qui ne peut pas souffrir la moindre contrariété.

BIDULF.

Nous étions là derrière, sans qu'on daignât seulement nous offrir la moindre chose... le plus affreux, c'est que milord n'avait morne pas pris ce matin une tasse de thé, et

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qu'il mourait do faim dans son propre château, en présence d'un dîner superbe qui était au pillage... Eh! bon Dieu, que vois-je... c'est lui-même... esi-ce qu'ils font desservir les plats par ce pauvre milonl?...

S{^.ÈNE XII.

Les mêmes; LORD MOROSIC, entmnt doupement, tenant un pain, un plat arec une volaille froide, un couteau, une bouteille do bordeaux.

LOIiD MOROSK, à voix basse.

Chut! me voici avec des provisions.

L\DY MOROSE

Comment! mon ami, vous avez osé...

LORD MOROSE

Croyez-vous que je me laisserai piller impunément... tandis que le général ennemi avait le dos tourné... j'ai trouvé sur un bulïet celle volaille... celte bouteille de bordeaux. (a Biduit.) Vous avez faim... moi aussi... vile à table... nous avons besoin de forces... car il en faut pour supporter l'ad- Ycr.-5ilé. ..(a Ludy Morose.) Miladv, oserai-je vous ot'lrir?...

LADY MOROSE

Je vous rends grâces... je suis au désespoir... (L'nrrèiant nu momem où il vn manger.) .Mai<... attendez douc, uiou ami, jo ne souffrirai pas... vous n'avez ni assiettes, ni linge... vous qui aimez vos aises...

LOUn MOUOSE, prenant une cuisse de volaille.

Qu'est-ce que cela fait ?

LADV MOROSE.

Celte volaille est prescjue froide... vous ne pouvez les souffrir.

LORD MOROSE, la maugennl.

Que je l'aime ou non, il s'agit bien de cela... les femmes

n'ont jamais l'esprit du moment... I^Ue est excel'eule cette

volaille... (Parlant à Biduif, la bouclic (.leiiie.) Mais Savez-VOUS UnC

chose bien singulière dans ces Français?...

BIDULF, mangeant toujours.

Quoi donc?

LOflD MOROSE.

Vous n'avez pas remarqué comme ils parlaient un bon ant^lais, et comme ils buvaient du porter.

BIDLLF.

Oh! ils en buvaient... Cela me rappelle que je meurs de soif.

LORD MOROSE, prenant la boulrille, et sortant un tire-bouchon de sa jjoche.

Attendez... attendez...

LADV MOROSE.

Ah! mon Dieu! qu'avez-vous fait! vous qui appeliez cela hier une des plus grandes calamités... retirer un bouchon... dont la moitié vous reste dans la main, et l'autre dans la bouteille... il y a de quoi faire frémir.

LORD MOROSE

Par exemple 1 s'il fallait faire attention à cela...

(il enfonce avec le doigt le bouchon dans la bouteille et va pour s'en

Terser un verre.)

LADY MOROSE, l'arrêtant.

Du tout, celte bouteille-là va sentir le bouchon, et c'est votre antipathie... il faut la renvoyer... Williams!...

LORD MOROSE

La renvoyer... une tille uni (ue !... (u boit deux coups trèsvivement.) Déhcieux, excellent... et il ne sent rien, ce vin, car je ne sais pas pour(iuoi vous vous faites comme cela des idées...

BIDLLF, regardant par la fenêtre.

Ail! mon Dieu !

LORD MOROSE, effrayé et posant son rerre rapidement.

QueU-ce que c'est? une seconde invasion?

BIDULF.

Non... mon ami... mais une idée qui me vient.

LORD MOUOSK.

Une idée qui vous vient... c'est anjourd'liui le jour aux événements... Voyons, mon ami... dites-moi votre idée... mais ne me faites pas de révolution.

BIDULF.

Je m'aperçois qu'ils n'ont pas posé de sentinelle à la petite porte du château.

LORD et L.iDV MOROSE.

Eh bien ?

BIDULI'.

Si je pouvais m'écliapper sans être vu... gagner le poste le plus voisin... rassembler un l)ataillon de la yeomaoï'ie, et revenir surprendre l'état-major ?

L\DY MOROSE

Ah ! mon Dieu !

LORD MOROSE

Deu.\ bataillons, mon ami, deux bataillons, ça serait plus sûr.

BIDULF.

Ensuite nous aurons bon marché du corps d'armée.

LORD MOROSE

Idée sublime ! Nous sauvons l'Angleterre. Vite ;\ l'exécution. Ah! mon Dieu, si cela pouvait réussir... ce cher Bidulf!... (Le regardant sortir. ) Allcz douc, allez douc... Uieu ! commc il

court mal... Ah! les maudits Français!... (Sc rotoumunt et apercevant Laly Morose qui le reg.irde Iranquiliomonl et la brus croises.)

En vérité, madame, j'admire votre sang-froid dans une crise comnie celle-ci.

LliS PETITES MISÈRES DE LA VIE HUMAINE 111

LADY MOKOSE.

El moi, milord, la fermeté... lu ioi-cc d'àme que vous déployez dans l'adversité ! Vous aviez raison ce matin... on supporte les malheurs réels avec plus de constance...

LORD MOROSK.

Eli ! morbleu ! vous prenez bien votre temps... Du reste je crois ([uc jusqu'à présent je n'ai manqué ni décourage... ni de philosophie... et cependant, je n'avais jamais encore éprouvé de malheurs aussi grands que ceux dont je viens d'être accablé.

LADV MOROSi;.

Ali ! vous n'en connaissiez pas de plus grands ? (a part.) Allons, allons, milord, je vois que vous ne vous doutiez pas de votre bonheur, et qu'il faut vous apprendre à l'apprécier.

■ EDOUARD, en daliors.

Qu'on abatte la cliaumière chinoise et le petit bois... qui gêneraient les mouvements de notre cavalerie.

LADV MOROSK, haut.

Voici le général ennemi qui vient de ce côté.

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