‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 83 sur 154 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

Les MÊMES ; W1LLI.\MS.

WILLIAMS

Milord... milord... tout est perdu.

Eli! pourquoi?...

MILLIAMS.

Je n'en sais rien, mais voilà un liommc enveloppé dans un

manteau, qui m'a remis d'un air mystérieux.... cette lettre... « Donne cela à milord ou à milady, » qu'il m'a dit à voix basse... et voilà...

(il donne la lettre à luiJy Morose et pose sur la table un paquet qu'il tire de dessous sa redingote.)

LADV MOROSE.

C'est de sir Edouard Bettingham ; c'est de lui que je voulais vous parler... sa frégate est de l'autre côté des rochers qui bordent la petite rade. (Elle ut.) « Toutes les issues du « château sont gardées, excepté la petite grille du parc, que « sans doute ils ne connaissent pas... »

LOllD MOROSE, montrant la porte à gauche.

A merveille, celte porte y conduit.

LAD Y MOROSE, continuant.

« C'est là que je vous attendrai avec plusieurs de mes « gens pour vous conduire à la frégate... que votre mari se a hâte; car l'ordre est donné de le faire prendre...» (s'interrompant et cherchant à lire.) Non, de le faire pendre... prendre... pendre... justement ce mot-là qui est mal écrit...

(La nuit vient pnr gradation.) LORD MOROSE.

Eh! madame! qu'est-ce que cela l'ail?

LADY MOROSE

Mais non... monsieur, j'aime à savoir ce qu'il y a, et vous aviez raison tantôt, c'est plus désagréable que la chose ellemême.

LORD MOROSE

II s'agit bien de cela! pour Dieu! ne perdons pas de temps...

LADY MOROSE

Oui... Vite à votre toilette...

LORD MOROSE, pendant que sa femme l'aide à ôter son hahit.

Trop heureux de trouver sir Edouard... mais quitter ainsi

mes amis... mon pays... (Regardant autour de lui.) mon pauvre château...

LADY MOROSE

Eh! monsieur, que pouvez-vous y regretter? n'y étiezvous pas le plus malheureux des hommes ?

LORD MOROSE, prêt à mfiître l'outre habit.

Moi! malheureux!... eh! qu'est-ce qu'il me manquait? qu'avais-je à désirer? richesses... honneurs... dignités, bonheur domestique... tout m'était offert...

LADY MOROSE

Et ces chagrins... ces contrariétés de tous les instants...

LORD MOROSE

Eh bien!... j'avais tort... mais connaissez-vous une misère comparable à celle-ci: découvrir qu'on était heureux, au moment oiî on ne l'est plus! où on ne peut plus l'être!

LADY MOROSE, à Williams.

Williams, ouvre cette porte, et vois si personne ne peut nous surprendre. Ah ! mon Dieu ! votre manteau qui est à l'envers '

LORD MOROSE, impatienté.

A l'envers... à l'endroit... dépêchons... ah ! mon Dieu!

LADY SIOROSE.

Pourquoi vous affliger?... moi j'ai bon espoir... (Lord Morose

fait un signe d'impatience.) Et qUC diricz-VOUS, mon ami, si VOUS

alliez retrouver en un instant vos enfants... votre château... votre fortune?

LORD MOROSE

• Ah! je serais... ce que j'étais... le plus heureux des hommes.

LADY MOROSE, arec joie.

Vous en convenez donc enfin... eh bien ! venez, partons... rien ne s'oppose â notre fuite.

{lU vont pour sortir, 011 entend un bruit de tambours et de trompette*.]

LORD MOROSE

Joliment... ça commence bien.

(Le jour se fait vivement, toutes les portes s'ouvrent.)

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