‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 124 sur 183 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

ARLEQUIN, EUPH ROSINE.

EUPIIROSINK, posant la clocheUe sur la table ; à pnrt.

Posons là noire clochette puisque mon papa le vcul. Conçoit-on qu'on ait des sœurs comme les miennes, elles

ont toutes juré... Je n'aurai jamais ce courage... passe pour être sévère, à la bonne heure!... mais être cruelle... et à notre âge... oh! ça ne se peut pas... je me sens une frayeur...

ARLEQUIN, assis dans un fautouil, et tremblant do tous ses membres ; à part.

Oh! oh! comme il fait froid dans cette cliambre !

EBPUROSINE, à part.

Eh bien!... il ne me parle pas... ça n'est pourtant pas à moi à lui adresser la parole...

ARLEQUIN, la regardant, et i part.

Il est pourtant bien dommage qu'une si vilaine femme soil aussi jolie.

EUPHROSINE, de même.

Est-ce qu'il dormirait déjà?... ce serait bien heureux, par exemple !

(Elle fait un pas vers lui... Arlequiji effrayé se lève de son fauteuil et

fait un pas en reculant. j

ARLEQUIN

Madame Arlequin... vous vouliez me parler...

EUPHROSINE

Non certainement... vous reposiez peut-être?

ARLEQUIN, à part.

C'est ça... nous y voilà (Avec colère.) Non, madame, je ne dors jamais... je n'ai jamais envie de dormir... mais que ça ne vous empêche pas... Ah! par exemple, avant de me dire bonsoir... je vous demanderai un livre... je lis toujours deux ou trois petites heures.

EUPHROSINE

Ah! que c'est heureux ! nous avons là justement quelques l)rochures nouvelles...

ARLEQUIN

Qu'est-ce que c'est?

MB COMÉDIES — VAUDEVILLES

EUPHROSINE

Les Macchabées...

ARLEQUIN

Ah ! ail !

EUPHROSINE

Les Comices (V Athènes.

ARLEQUIN

Ail! ah!

EUPHROSINE

La Clochette.

ARLEQUIN

Ah çà ! ma bonne amie, je croyais vous avoir dit que je ne voulais pas dormir... (a part.) Quelle trahison! Voyezvous la perfidie d'aller choisir exprès ce qu'il y a de plus fort, (iioiii.) Je ne veux pas de ça.

EUPHROSINE

Est-il absolument nécessaire que vous lisiez?...

ARLEQUIN

Mais dame ! je ne vois pas à quoi je pourrais employer le temps... à moins que vous ne fussiez assez aimable... mais je n'ose vous le demander... Vous devez savoir danser... et si vous vouliez exécuter seulement, devant moi, une petite gavotte... une petite bacchanale... ça dissipe... ça m'est égal que ce soit un peu long... quand même cela serait trop long!

EUPHROSINE

Ah ! ma foi non, c'est ennuyeux.

ARLEQUIN

Combien je vous remercie de votre complaisance... il est difficile de mettre plus de grâce... et si vous vouliez, ma bonne amie, m'accordcr une dernière demande... me regarder un peu...

AIR : De ton baiser la douceur passagère. Serait-il vrai? votre cœur implacable

Veut se venger... Que vous ai-je donc l'ail?

Si vous aimer, hélaâ! est un forfait,

Plus je vous vois plus je deviens coupable.

(il se met à genoiu.) EUPHROSINE.

Mon Dieu ! que lui dire et que lui répondre ?

ARLEQUL\.

Si vous vouliez me donner un peu cette main en signe de pardon...

EupnaosiNE.

Mon père me l'a défendu, mais qui lui dira ?...

Elle abandonne sn main à Arlequin qui l'embrasse, In rloclielte qui est sur la table se soulève et sonne un coup.) ARLEQUIN.

(Ju'est-Ce que c'est? (Arlequin recommence, la cloclielte sonne Je

nouveau.) Hein, qui est là?

(Au même instant on entend sonner à la porto de la première cliaml)re A droite et, successivement, de la deuxième, troisième, quatrième, cinquième, excepté de la sixième.)

ARLEQUIN

Qu'est-ce qui appelle? Qu'est-ce que vous voulez ?

AIH : En tableaux à faire.

Mon Dieu ! quel fracas soudain 1

On s'entend â peine; Qui sonne ainsi le tocsin?

Et quel phénomène Ici, pour mo rendre sourd, Ressuscite dans ce jour

La Samaritaine ?

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