SCENE IX
Les mêmes; LEBLANC.
LEBLANC, dans le fond.
ïaligué ! j'ons laissé le compère aux grands barreaux, et
j' sommes revenu en tapinois. (Apercevant Anatole et s'adressont à Suzanne.) Jc VOUS V prends.
SUZANNE
Moi"? Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce qu'il y a?
LEBLANC
Va ce beau monsieur...
SUZANNE
Ce monsieur... ce monsieur... Je ne peux pas empêclier ([u'il soit là; il demande mon oncle, ma tante; ça ne me regarde pas.
LEBLANC
.le me doute bien qui ça regarde.
SUZANNE
Il dit qu'il est le maître clerc de jr Griftbnnard. (Bas à Anntoie.) Allez donc...
ANATOLE
AIR : Je suis pandour.
Oui, je suis clerc.
Le fait est clair.
Faut-il procéder pour ]a forme?
Je suis aussi prompt que l'éclair; Du corps je porte l'uniforme, Et c't habit râpé vous informe
Que je suis clerc.
LEBLANC
Ah ! puisque vous êtes clerc, en attendant que Moussinot 'revienne, et que vous fassiez le contrat, je vous prierai de
212 COMKDIES — VAUDEVILLES
me griffonner un bout de quittance dont j'ai besoin pour une affaire.
ANATOLE
Conmicnt, une quittance?
LEBLANC, à part.
Il hésite... Est-ce que ce ne serait pas un vrai notaire? j'allons bien le voir, (naui.) V'ià une feuille de papier et de l'encre que j'avions pris sur moi pour prier d' ça l'voisin I.erond. Voudrez-vous ben avoir la bonté?... (a part.) .l'saurons bien si c'est un notaire.
(il arron^'C la tal)le.; SUZANNE, bas à Anatole.
Eh bien! allez donc.
ANATOLE, bas à Suzanne.
Diable ! c'est que je ne sais pas écrire.
SUZANNE, de même.
Allez toujours, lui ne sait pas lire.
ANATOLE, de même.
Ah! alors... justement je signe mon nom.
LEBLANC
Boutez-vous là. C'est cent francs, que moi Leblanc, j'ons reçu de Mathurin. (Regardant Anatole.) Qucu drolo d'accoutrement ! y a une basque de moins à votre uniforme.
ANATOLE
C'est dans une saisie.
LEBLANC
Dans une saisie... Écrivez donc.
ANATOLE
C'est que la plume est un peu molle.
LEBLANC
Eh bien! vous ne savez donc pas écrire?
ANATOLE
Tiens! qu'est-ce que je lais donc là?
(il fait aller la plume IrCs-vile.) LEBLANC, à [.art.
Morgue ! comme il y va !... Est-ce que c'en serait un vrai?
S'upprochanl d'An;'.toIc et rcijardant ce qu'il écrit. — Haut.] TlCnS, Ça
va à la cave... Vous avez une écriture (luest farce.
ANATOLE
(^'est tini.
LEBLANC
.Mêliez la date : Ce 24 septembre 181-j.
ANATOLE
Allez.
LEBLANC
Je vous dis de mettre la date.
ANATOLE
Que diable ! elle y est.
LEBLANC
OÙ donc ?
ANATOLE
Là... celte ligne-Ià... Vous ne savez donc pas lire i
LEBLANC
(^est vrai... je l'avais... (Feignant Je lire.) Ilum !... lium...
ANATOLE
Eli! plus bas... hum... c'est comme ça ([ue vous la vouliez?
LEBLANC
Oui, c'est fort bien... Ah ! comme vous écrivez, ça ne vous coûte rien.
ANATOLE
.'^i, ça coûte trois livres.
LEBLANC
Comment, trois livres?
274 COMÉDIKS — VAUDEVILLKS
ANATOLE
C'est le prix ; j'en suis sûr. (a port.) J'en ai fait faire une pour mon père, par le notaire... (iiaut.) Allons! allons.
LEBLANC, à part.
ïatiguc 1 v'ià une ruse qui nie coûte bon... (iinut.} Les voici... Ah çà ! si vous me relisiez tout ça.
ANATOLE
Ail! dame, si je vous le lis, ça sera plus cher; ot puis, d'ailleurs, vous n'y comprendrez rien.
LEBLANC, à part.
Oui-da? Faut que je porte ça au compère, qui y comprendra peut-être quelque chose. (Haut.) Sans adieu, mam'zelle Suzanne, adieu, monsieur le clerc.
(n sort.)