LES VOISINS
Vive le voisin Moussinot, etc.
MOUSSINOT, à CourlauJ.
Laisse-moi, traître! lu me le paieras.
COURTAUD
Mais, monsieur, c'est mon bouquet que je vous présente. (a part.) Il croit déjà que c'est le mémoire.
M'""^ MOUSSINOT, à Anatole.
Monsieur, j"ai bien l'honneur de vous saluer.
A.NATOLE.
Je vous demande pardon de me présenter ainsi devant vous.
M'"" MOUSSINOT.
Vous nous ferez toujours honneur et jilaisir.
MOUSSINOT, à i>iirU
Oui, un bel honneur!
M'"'= MOUSSIXOT.
On vient de tout m'apprcndre ; et j'ai promis de m'interresser pour vous, (a Moussinot.) Allons, mon ami, en laveur de ce jour, accorde à monsieur ce qu'il te demande.
MOUSSINOT.
Comment! ce qu'il me demande?
M""' MOUSSINOT.
Tu ne peux pas douter du plaisir que ça me tera.
MOUSSINOT.
Ah ! c'en est trop ! il faul que j'éclate devant tout le monde.
M">« MOUSSINOT.
Qu'est-ce qu'il y a donc ?
MOUSSINOT.
Vous êtes tous mes amis et mes voisins ; eh bien ! apprenez que monsieur (juc voilà, vient ici avec le consentemenl do ma femme... Vient ici pour...
.M'""^ MOUSSINOT.
Vient ici demander la main de Suzanne, oui, il vient pour ]'épouser.
ANATOLE, ù M""' Moussinot.
Ne lui parlez donc pas de ça, il va vous faire mettre eu garde.
. MOUSSINOT, bas, à Leblanc.
Hein! dites donc, voisin, qu'est-ce qu'il y a à dire à cela?
LEBLANC, bas, il Moussinot.
Morgue ! est-ce que vous donnez là-dedans''
MOUSSINOT. (le même.
Dame, oui, à plein collier.
LEBLANC, de nièiiie.
Ne voyez-vous pas que c'est une frime ?... Et le pavillon... ot ce que j'ons entendu... Que vous êtes facile à amadouer! Tenez, regardez... (A part.) C'est qu'il est bête... il est bêle!
MOUSSINOT, lie même.
U faut donc que je r'éclate de nouveau ?
LEBLANC, de même.
Non pas... J' sommes encore plus fins qu'eux, et vous allez voir... Dites que vous accordez.
MOUSSINOT, à haate voix.
Alors, puisque c'est comme ça, j'accorde.
886 COMKDIF.S — VAUDEVILLES
M'"'' SIOUSSINOT.
Mon cher mari !
SUZANNE
Mon cher oncle !
ANATOLE
("olait l)icn la peine de faire tant de façons?
MOUSSiNOT, bns ù Leblanc,
Eli bien ! dites donc, compère...
LEBLANC, bas, ù Moussinot.
Vous avez dans voire poche mon contrat tout dressé, faites-leur signer.
MOUSSINOT, bnut.
Et pour preuve que j'accorde, vous allez signer le contrai.
TOUS, excepté Leblanc.
Oh! très-volonliers.
LEBLANC, bas, à Moussinot.
Morgue! nous allons rire : signez donc, compare; c'est à vous à signer le premier... C'est là où je les attendions, et les v"là au pied du mur.
MOUSSINOT, bas, à Leblanc.
Eh ben ! v'ià ma femme qui signe.
LEBLANC, ib- même.
C'est bon.
MOUSSINOT, do même.
Et Suzanne aussi,
LEBLANC, de même.
Tant mieux... Laissez donc faire. (Haut, ù Anatole.) A vous, monsieur. (Bas, ù Moussinot.) Vous allcz voir le jeune homme... Il s"en gardera bien... (niant.) AIi ! ah! ah!
MOUSSINOT, bas, à Leblanc.
Ah ! j'entends, à présent. (Regardant Anatole.) Eh bien ! il a signé.
LA FÊTE DU MARt 2&7
LEBLANC
Il a sigrné 1
MOUSSINOT, à Leblauc.
AIR : Six mois de constance.
0 surprise extrême !
Nous sommes dupes tous deux ;
Quoi ! mon stratagème A l'air de les rendre heureux.
ANATOLE et SUZANNE.
0 bonheur suprême !
L'amour comble tous mes vœux :
J'obtiens ce que j'aime !
Est-il un sort plus heureux':'
M"* MOUSSLNOT, à son mari.
A vos soupçons faites trêve; Par un hasard très-peu commun,
Tout cela n'était qu'un rêve, l^cur bonheur seul n'en est pas un.
MOUSSINOT ot LEBLANC.
0 surprise extrême! etc.
ANATOLE et SUZANNE.
0 bonheur suprême! etc.
M""= MOUSSINOT.
0 bonheur suprême !
L'amour comble tous leurs v^wux;
Avec ce qu'on aime Est-il un sort plus heureux?
MOUSSINOT.
Ah çà! celte conversation que vous teniez avec Suzanne, et les choses d'usage?,,.
M"^ MOUSSINOT.
Ah! VOUS écoutiez; c'était un rcve délicieux !...
288 C 0 M K D I E s — VAUDEVILLES
MOUSSINOT.
Comment, c'élait un rêve?
M'"" MOUSSINOT.
Venez à 1p. maison, monsieur; de nouvelles surprises vous y allendenl; car c'est aujourd'hui votre fête.
MOLSSINOT.
La Saint-Rigobort 1... Ah ! je devine tout à présent, el je rends à Courtaud mon estime et ma considération... Ah t;à ! lu connais donc la famille du jeune homme ?
M'"'= MOCSSINOT.
Sois tranquille ; M. Benjamin Anatole est d'une des premières maisons de Passy.
IHOLSSIXOT.
Ma foi, je n'ai été trompé qu'en songe, (a Leblanc.) Mais si quelqu'un l'est pour tout de bon, il me semble l[ue c'esl vous, compère.
LEBLANC
Pas du tout. (Montrant Anatole.) C'est lui. (Désignant Suzanne.)
Elle est trop éveillée ; j'aurais peur de faire de mauvais rêves.
MOUS.SIXOT.
Allons, allons, vous dissimulez, (a part.) Il veut faire le tinot; mais il est bète... Dieu! qu'il est bêle!
VMDEVILLE.
AIR : G' n'v a iiiio Peiiis. i Les Voiles sans souci.) MOUSSINOT.
Pour ctr' trahi, l'on n'en nîeurt point, C'est c' qu'on voit chaqii' jour en ménoge : Suivez mon exemple en tout point, El loin de foire du tapage, Pauvr's époux qui vous désolez.
Dissimulez.
M™^ MOUSSINOT.
Malgré vos quarante ans cl plus,
Vous qui voulez plaire sans cesse, Appuyez fort sur vos vertus, Vantez tout haut votre sagesse, Et sur vos printemps écoulés Dissimulez.
• LEBLANC
Quand on me m'nac', si j' m'en croyais, Je m' mettrais d'abord en colire; Mais pour raison qu' je n' dis jamais, J prends toujours le parti de m' tafre. Faites comm'moi, brav's qui tremblez, Dissimulez.
.\NATOLE.
Vous qui brillez par vos tailleurs.
Vous à Coblentz que l'on regarde.
Vous passez pour de grands seigneurs.
Pour gens d'esprit ; mais prenez garde. Vous vous perdez si vous parlez, Dissimulez.
SUZANNE, au puLlic.
Si l'ouvrage vous satisfait.
D'applaudir donnez tous l'e.xemple ; Mais par malheur, s'il vous déplaît, Faites comme au boul'vard du Temple; Oui, vous tous ici rassemblés, Dissimulez,
ScninE. — Œuvics coniplèlfs.
II'"e Série. — .ime Vol. — 17