‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 164 sur 183 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les mêmes; PAUL, Colons; puis CHACTAS et LE PÈRE ODRY. .

PAUL

Rassurez-vous, je vous le ramène.

DELATOUR

lilsl-cc ([u"il serait tatoué ? un si joli garçon !

PAUL

Il a manqué éprouver mieux que ça : au moment où je suis arrivé, nos amis les sauvages s'étaient mis en rond pour dîner et je crois qu'ils allaient traiter M. Cliactas comme ils traitent ([uelquefois leurs prisonniers de guerre ; heureusement un seul coup de fusil à poudre les a tous fait fuir, et le voilà encore dans son négligé de tal)le.

Chactas arrive conduit par le pure OJry- — Il est arrangé comme une volaille qu'on va mcltre à la broche, avec une grande barde, ficelé et recouvert de feuilles de vigne, ses mains sont relevées sous ses aisselles en guise d'abaiis.)

CHACTAS

Vous êtes tous (les farceurs, de mauvais farceurs.

DELATOUR

l".h! mon pauvre Chactas, de quoi as-lu l'air?

CHACTAS

Parbleu ! d'un échappé de la broclic, j'étais déjà coiflé et

bardé, et sans lui j'étais le dindon de la farce... Détachezmoi un peu mon aileron, je vous en prie.

DELATOCU.

Mais aussi, qu'allais-lu faire ?...

CHACTAS

Ain ûaPot de fleurs.

Qui jamais aurait pu s'attendre Qu'ils compteraient sur moi pour leur repas? Quand je m'y mets, moi je ne suis pas tendre, Et ces messieurs ne me connaissaient pas. Tons les liéros cités par leur vaillance N'ont résisté que jusqucs à leur mort, Et moi, défunt, j'aurais offert encor

Une nouvelle résistance.

Dites-Uioi... est-ce que je ne sens pas un peîi le brûlé ?

LE PÈRE ODUy.

.Mon Dieu! non... peut-être un peu le roussi...

CHACTAS, se tiitant.

Il ne me manque rien... je n'oublie rien... Eh bi^n ! bon nègre, fais malle à moi pour décamper moi au plus vite.

PAUL

Comment, vous voulez nous quitter?

CHACTAS

La température de ce pays ne me vaut rien... il y fait troj) chaud pour moi, je finirais par y griller.

DELATOUK.

Mais, mon cher Chaclas...

CHACTAS

Chactas !... je suis bien votre serviteur, je n'ai plus aucun goût pour les festins du désert, surtout quand on s'est vu destiné, comme moi, à y jouer un rôle purement passif... je reviens à la côtelette et au beefsteak européens, et je préfère les bienfaits de l'omelette civilisée à tout le luxe de la

COMEDIES — VAUDKVILLES

cuisine sauvage... sans compter que je commence ù croire qu'il vaut mieux coucher dans un mauvais lit que dans les plus belles forets du monde; je dis cela pour votre auberge, père Odry.

VIRiilXlE.

Et la place de commis que mon père vous destinait ..

cn.VCTAS.

Qu'il la donne à qui il voudra... à mon liliérateur, qui no demande pas mieux et qui, ù coup sûr, la remplira aussi bien que moi.

DliL.VTOUR.

Allons! tu le veux, que Paul te remplace.

CHACTAS

Soyez heureux, habitants du nouveau mundC; moi je retourne dans l'ancien... Nouvel entant prodigue, je reverrai le foyer domestique et le potage paternel, qui dorénavant sera tiré,pour moi du pot-au-feu du repentir! et pour rentier dans la carrière commerciale par une heureuse spéculation, je publie une relation de mon voyage, par souscription. Je n'annonce d'abord que deux petits volumes ; mais avec de l'adresse, des notes et des cartes de géographie, je peux aller jusqu'à la douzaine, et ma fortune est faite ; trop heureux si, après m'être soustrait à la dent des sauvages, je puis échapper à celle de la critique.

LES

ou

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