SCÈNE IV
BOISSY, en rol.e de chambre; FRANÇOISE.
BOISSY, sans voir Françoise, ot un numéro Ju ]ilcrcuie à In main.
Bravo, Boissy! vivat, mon ami! Te voilà sûr do l'immortalité... L'Homme du jour, lu chez \e Roi! et le Mercure qui m'annonce celte bonne fortune! c'est la première lois qu'il ne m'écorche pas.
AIR : Lise éi^ouse V bctau Gui iinnco. [Fitnchon lu riclleusc.
Je puis braver la satire, Hier, le Roi se fit lire
(Lisant.) « Les dehors trompeur.-^ ; »
(parlant.) Pourvu Que son lecteur ait bien lu!
■^Lisant.) « Il parut content... »
338 COMIÔDIHS — VAUI)p:viLr.KS
(Parlant.) Ah! siro, Que lie vous dcvrai-je pas!
Le prince a daignû sourire ; La cour va rire aux éclats.
FRANÇOISE, avec humciir.
Oui, oui, clianlcz, monsieur, vous en avez sujet.
liOISSV.
Ali! le voilà, Françoise... Peste! lu jinrais fâchée; c'est (le bonne heure.
l'RANÇOISE.
J'ai tort; notre position est si gaie !
BOISSV.
Comment? qu'y a-t-il donc?
FRANÇOISE
Il y a que... je vois bien que... M. Lcroc ne veut plus vous garder, et qu'il faudra quitter la place.
BOISSV.
Bah! c'est pour nous effrayer. (\ lui-mèmo.) Le Roi... le Roi lui-même...
FRANÇOISE
C'est possible; mais il m'a laissé ce billet i)0ur vous.
BOISSV.
Ah! bien oui; j'ai bien le temps!,.. Je lirai ça demain... dans... dans la semaine, (a lui-mèmo.) Sa Majesté a daignj sourire.
FRANÇOISE
Entin, monsieur, vos créanciers sont furieux; vous èlCb sans argent, sans crédit.
BOISSY
Je ne vois n'en là de nouveau; (Riant.) pas môme ton humeur, ma bonne Fran(,'oise.
LES DEHORS TROMPKUUS 330
FlUNÇOISE.
Oh! mon luimcur... Qui n'en aiivait i)as avec vous?...
BOISSY
Eh ! mais...
l'iiAXcoisi:.
Tenez, monsieur, il faut que je vous dise tout ce que j'ai sur le Cù'ur; vous m'avez donné mon l'ranc-parler ; ot ma foi, puisque je ne touche plus mes gages, je me \ya\c en paroles.
BOISSV, iii>nt.
Diable! mais à ce compte, c'est toi qui me redevrais quel- ([ues années d'avance.
FRANÇOISE
A (pioi que ça vous mène d'aller toujours vêtu comme un I)rince ? Quelle nécessité de recevoir sans cesse des seigneurs, des gens de lettres qu'à peine vous connaissez, et qui vous ruinent en se moquant de vous? Un père de famille qui n"a rien dans le monde, et qui, au lieu de ménager...
UOISSV.
Si je n"ai rien, ([uc veux-tu donc que je ménage? Tiens, si tu raisonnais un moment, ma bonne Françoise, lu verrais ([ue ma conduite est plus sage qu'on ne croit. Dans la carrière des lettres surtout, ne sais-tu pas quelle défaveur s'attache à l'extérieur de h misère ? Les hommes sont tous les mêmes ; il faut les éblouir.
FRANÇOISE
Et (jue vous a produit ce beau système ?
BOISSY
Des liaisons utiles, des amis puissants.
FRANÇOISE
Qui n'ont rien fait pour vous.
lîOISSY.
Patience ! cela viendra; d'ailleurs je suis en fonds pour
340 COMÉDIES — VAU D EVU.LKS
quelque temps : Auguste est parti ce malin pour Paris, il doit mo rapporter le produit de VHomme du /oifr,- la somme sera considérable. Dix-neuf représentations!
FRWÇOISt:.
Il faut avant tout s"ac(iuitlcr avec M. Leroc.
BOISSV.
Non, non, j"ai des dépenses plus sérieuses... Une dolle sacrée que l'amitié m'impose, un diner que je suis forcé de donner. Ah ! tu vas me gronder.
FRANÇOISE
Un diner !
uoissv.
Vrai, je n'ai pu m'en dispenser ; ce sont de bons amis.
FRANÇOISF.
Et vos créanciers ?
noissY.
Mes créanciers ne sont pas mes amis, demain je songerai à eux.
FRANÇOIS!-
Ah ! celui-là est trop fort.
BOISSV.
Que veux-tu? Hier je me trouve ciioz Favarl, au milieu de la réunion la plus nombreuse et la plus brillante. On y parle de Choisy-le-Roi, de mon habitation, de promenade sur l'eau, de petite fête champèlre... On a l'air de me provoquer.
Ain : Amis, Jùpouilluns nos pùininiers. {Vni de Vire.)
Au premier service, Favart
Est le seul que je prie;
Au second, Fuselicr, Bernard
Sont de noire partie;
Un vin pétillant
Paraît à l'instant,
LES DEHORS TROMPEURS 3ii
El soudain je convie
Plusieurs fins gournicls;
Au dessert, j'avais Toute la compagnie.
FRAN<;OISE
Miséricorde! qu'allons-nous devenir?
BOISSV.
Allons, rassure-loi, j'ai tout prévu; Auguste doit amener de Paris un fameux cuisinier, des musiciens pour notre symphonie...
FRANÇOISE
Des musiciens, un cuisinier, voilà le revenu d'un an niangé en un jour !
lîOISSV, se froltonlles mains.
Quelle journée charmante ! Ils ne s'attendent pas à la réception que nous leur préparons. Mais j'aperçois Auguste! Allons, la vue de notre fortune va te calmer ; je parierais pour plus de mille écus.