SCÈNE IV
M. PONT-NECF, M. SAINT-MARTIN, avec une grosse caisse. PONT-NEUF.
OÙ est-il, ce cher enfant?... Eh! mais qu'est-ce?... que vois-je là ?
SAINT-MARTIN
Parbleu ! vous voyez en moi le Vaudeville, et un gaillard bien découplé encore.
PONT-NEUF
Mon Dieu ! comme il est grandi depuis quinze jours ! il n'est pas reconnaissable.
SAINT-MARTIN
Ah ! ah ! la mauvaise herbe...
PONT-NEUF
Et puis je lui trouve un air niais.
SAINT-MARTIN
Dame, c'est sur cet air-là que je chante tous mes couplets.
PONT-NEUF
Est-il possible que ce soit là le Vaudeville !
AIR : Tout ça passe en même temps.
Un Vaudeville malin Qui s'annonce de la sorte :
Un « qui vive » pour refrain, Et des soldats pour escorte 1
SAINT-MARTIN
Moi, monsieur, toujours je porte Un tambour pour tambourin, Et ma place est à la porte, A la porte (Bis.) Saint-Martin.
Vous n'êtes donc jamais venu chez nous ?
PONT-NEUF
Moi, monsieur, depuis vingt ans, je viens ici tous les soirs, et je ne connais que le Vaudeville.
SAINT-MARTIN
Eh bien! c'est moi, chaque théâtre a ses atlribulions ; il y en a un où l'on chante l'opéra-comique.
PONT-NEUF
Où l'on chante ?
SAINT- MARTIN
Eh ! oui, l'on chante! N'allez pas me chicaner sur les termes... chaque théâtre a son genre distinct: à l'un c'est l'opéra-comique, à l'autre la comédie, à d'autres le mélodrame ; mais le Vaudeville, on le chante partout, et tout le monde s'en mêle, depuis l'Odéon jusqu'aux théâtres en plein air.
PONT-NEUF
Et il ne réclamerait pas !...
SAINT-MARTIN
Comment voulez-vous qu'on entende sa voix, au milieu de nos trombones et de nos grosses caisses ?
(il frappe sur la sienne.)
PONT-NEUF
Ah 1 mon Dieul
SAINT-MARTIN
AIR : Tarai'C pompon.
Monsieur, lorsqu'il le faut, Nous chantons à merveille ; Mais écorcher l'oreille N'est pas notre défaut.
PONT-NEUF
Que vous chantiez, c'est juste, Le chant calme nos maux , Mais que vous chantiez juste, C'est faux.
SAINT-MARTIN
Bah ! ce n'est rien, vous en entendrez bien d'autres : nous sommes venus en famille, je suis là avec mes frère et soiur, madame la Gaîté, M. l'Ambigu, et puis un autre encore que nous avon^ laissé en route, parce qu'il ne va pas si vite que nous, vu qu'il va à cheval.
PONT-NEUF
Diable ! un Vaudeville équestre !