LE GOUVERNEUR, LE BARON
LE GOUVERNEUR
Quoi, mon ami ! c'est là ta fille ? c'est une petite personne charmante.
LE BARON
Tu trouves, mon ami? Eh bien, j'en suis enchanté.
LE GOUVERNEUR
AIR : Ces postillons sont d'une maladresse.
Je rends justice à son mérite, Mais d'honneur ! je ne pensais pas Que pour te rendre une visite, Il fallût livrer des combats...
LE BARON, l'interrompant.
Comment ! ma fille !
LE GOUVERNEUR, continuant lair.
Moi qui chtris les périls et la gloire, Selon mes coûts je viens d'être servi; Ah ! quel bonheur, chez toi l'on peut se croire En pays ennemi.
LE BARON
Eh bien ! mon cher Forlis, tu vois la cause de tous mes chagrins.
LE GOUVERNEUR
Oui, je sais bien... On m'a conté que son éducation... Mais, morbleu! une bonne résolution !... Tu vas me dire que la tendresse, le cœur paternel... Bah ! s'il fallait écouter tout ça!... Moi, qui te parle, j'ai un neveu que je regarde comme un fils... charmant sujet, qui me fera damner... dont je suis fou.
Tu as un neveu ?
LE GOUVERNEUR
Des talents, de l'esprit, excellent militaire... que je mets aux arrêts tout comme un autre... et dans ce moment môme, je le tiens sous clef pour certaine escapade.
LE BARON
Comment ?
LE GOUVERNEUR
Oh ! ce n'est pas un prisonnier d'État, c'est le mien, et c'est en sa faveur que j'ai fait une prison de cette tourelle que tu vois d'ici, et qui communique à mon appartement.
LE BARON
Attends donc! Est-ce que ton neveu serait M. Alfred?
LE GOUVERNEUR
Tu le connais ?
LE BARON
Oui, indirectement ; je t'expliquerai cela. Mais tu le crois tlonc bien en sùretd?
LE GOUVERNEUR
Je t'ai dit que je le tenais.
LE BARON
Eh bien! tu ne le tiendras pas longtemps ; on a le projet de le faire évader. Ma lille, mes gens, moi-même, toute la maison est dans la conspiration.
LE GOUVERNEUR
Comment, diable 1
LE BARON
Oui, nous avons besoin d'une leçon. Écoute, tu es gouverneur du château voisin, tu es mon ami, fais-moi le plaisir de me mettre en prison.
LE GOUVERNEUR
Très-volontiers, enchanté de te posséder. Je te l'ai dit, j'ai justement tout près de mon appartement une prison particulière pour moi et ma famille ; mon neveu ne la quitte presque pas, mais il y a toujours une place pour mes amis.
LE BARON
Bien. Mais ça ne suffit pas ; il me faudrait du bruit, de l'éclat, une arrestation sérieuse.
LE GOUVERNEUR
Diable ! tu en demandes trop; je ne puis pas. Mes devoirs...
et puis, songe donc... (il s'arrête étonné, en regardant du côté du
château.) Eh! mais qu'est-ce que je vois là-bas? quelqu'un qui se glisse le long du mur.
LE BARON, regardant aussi.
Dieu me pardonne, c'est ma fille et Franck, le vieil invalide qui l'a élevée.
LE GOUVERNEUR, de même.
Mais ils portent une échelle. Comment, morbleu! mon neveu est de la partie. (Avec colère.) Ah ! ceci passe la plaisanterie. Heureusement pour eux, il n'y a pas de sentinelle de ce côté; tenons-nous à l'écart, et observons.
(ils sortent par la droite.)