‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 115 sur 188 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les mêmes ; ERNEST.

ERNliST, entrant en colère et parlant à la cantonade.

Eii bien ! messieurs... peu m'importe... J'aime mieux qu'on ne joue pas la pièce... Non... je n'y changerai rien... el je rétablirai même... tout ce que j'ai eu la faiblesse de retrancher... Gardon, une plume et de l'encre...

(il se met à écrire à une table.) DUFOUR, à Ladouceur qui salue.

Quel est donc ce monsieur qui est si fort en colère?...

LADOUCEUR

Comment, vous ne le connaissez pas?... C'est M. £rnest de Plainville... le fils d'un de vos administrateurs...

DUFOUR

Comment, de mes administrateurs?

Eh! oui... le fils d'un adminisirateur de la caisse de Poissy...

DUFOUR, saluant ausii Ernest qui ne le voit pas.

Diable! c'est différent...

LADOUCEUR

Vouo sentez bien que cette recommandation-là en vaudrait bien une autre... C'est un jeune homme très comme il faut, qui, au jour de l'an, achète toujours au magasin... pour vingt-cinq louis de marrons glacés... Il a de la fortune ; mais il voudrait se faire un nom.

AIH : Conlcn ons-noui d\iuo b!nii)lo bouteille.

Il est auteur, et pour m'eux se produire, 11 sollicite une place, je croi.

l,'homme noik :211

DUrOUR.

C'est étonnant! comment, pour bien écrire, A-l-on besoin d'occuper un emploi?

LADOUCELR.

C'est de nos jours une mode établie; C'est de rigueur, puisqu'à présent, hélas ! Les grands seigneurs sont de l'Académie, Et que souvent les auteurs n'en sont pas.

J'ai mime entendu dire que M. Ernest allait incessamment donner une pièce nouvelle...

DUFOUR

C'est peut-être celle de ce soir... Si vous lui demandiez des billets ? C'est d'autant plus essentiel, qu'on dit qu'ils viennent d'augmenter le prix des places, et qu'ils prennent...

LADOLCEUR.

Oui, mais ça n'a pas pu prendre.

LUFOUR .

C'est toujours un moyen de nous l'aire faire connaissance... Et puis un billet d'auteur, c'est honorable... et ça ne coûte rien...

LADOUCEUR

Au t'ait, vous avez raison... (^s'approcbam d'Ernest.) J'ai l'honneur de saluer monsieur Ernest...

ERNEST

Ah! c'est vous, mon cher Ladouceur?... Je vous baise les mains...

LADOUCELR.

Non pas... C'est moi qui viens vous offrir le secours des miennes, et si vous avez quelques places de trop...

ERNEST

Pas du tout, on ne donne pas la pièce... Prenez- vous-en à mes acteurs, à mademoiselle Pamèla, surtout à mon jeune premier.

2i2 COMÉDIES — VAUDEVILLES

AIR du vaudeville de L'Homme vert.

Ah! c'est un talent infaillible Et qu'on ne saurait trop louer; Par malheur, il est impossible Que jamais il puisse jouer :

Sablant le punch et le Champagne.

A Paris il est alité, Et se refait à sa campagne Quand il est en bonne sanlé.

Bah!... vous allez arranger cela à la répétition...

ERNEST

Non, certes, je n'irai pas... je le jure bien!... Je ne peux pas y aller, d'ailleurs... car elle est indiquée à midi, et je dois avoir à cette heure-là une audience du ministre... Je l'ai sollicitée, du moins... iMais qui sait si je l'obtiendrai? car aujourd'hui rien ne me réussit...

DL"FOUR, bas à Lodouceur.

Dites donc!... offrez-lui ma protection... à charge de revanche !...

LADOUCEUR

Comment, votre protection ! ...

DUFOUR

C'est-à-dire cell: de mon homme...

LADOUCEUR

Allons, vous vous moquez de moi... J'ai bien autre chose en tète, et je cours à mes affaires... Vous m'avez peut-être fait manquer une fourniture... Votre serviteur, monsieur Ernest... Jusqu'au revoir, mon voisin...

(u son.)

l'homiMk Noui as

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