‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 147 sur 188 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Liîs mêmes; DUKILLON.

DURILLON, uccourant.

Eli bien ! qu'est-ce que c'est ? Est-ce qu'on se bat, par hasard?...

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VICTOR

C'est monsieur qui rel'use de me dire une chose que je lui demande... le plus lionnèlement du monde...

CANARD

Oui, ca menaçant de m'ctrangler... Je vous déclare, jeune homme, que l'on n'obtient rien de moi par la violence... et que je ne vous le dirai pas... (ADurOion.) Pédicure, retenezle... (A Victor.) Je ne vous le dirai pas, par la raison infiniment simple que je ne le sais pas.

VICTOR

C'est faux, (a Durillon.) 11 a dit tout ta l'heure le contraire... Ah ! mon ami, mon clicr Durillon, je n'ai d'espoir qu'en loi; lu sais que quand je viens et que j'ai de l'argent, je donne toujours pour le garçon... toi qui es toujours ici, u'as-tu pas vu une dame en vitclioura vert?...

AIR do La Siiilinelle.

Oui c'est ici qu'elle a porté ses pas ; L'aurais-tu vue? elle est jeune et jolie...

DURILLON

Jeune et jolie... ohl nous n'en manquons pas; Mais dans ces lieux, comme aux sérails d'Asie,

De ces gardiens scrupuleux Nous imitons la retenue extrême,

Sans être tout à fait comme eux;

Il faut, dans ces lieux dangereux,

Que l'on soit aveugle quand même.

Mais voilà monsieur qui vous le dira mieux que moi, car je lui ai remis un l)illet de la part de cet.e dame...

CANARD

Comment ! c'est toi...

DURILLON

Moi-même, et vous ferez bien de dire à ce brave jeune homme... Allons, vovons... dites-lui.

2C6 COMÉDIES — VAUDKVILLES

VICTOR

Oh ! il le faudra bien.

CAXARD.

Je vous déclare que vos instances sont inutiles, et je m'en irai plutôt...

VICTOR

Non, vous ne sortirez pas... je ne vous perds pas de vue... (a part, à Durillon.) Il faut quc tu saclics, iiion ami, que je suis le plus malheureux des hommes... J'ai mon oncle, M. Derniont, qui dans ce mojnent.mo croit parti par les Grandes Messageries...

DURILLON

Et vous n'êtes pas parti.

VICTOR

Du tout, parce que, vois-tu bien... je suis amoureux... je n'ai pas voulu m'éloigner sans kii faire mes adieux... et voilà une heure que je suis sous ses fenêtres pour tâcher de l'apercevoir.

DURILLON

Elle n'a pas paru ?

VICTOR

Non... mais pendant ce temps la diligence est partie..", il faut qu'une fois par hasard elle soit exacte... et c'est justemont anjourtriuii... Ou"est-ce que va dire 31. Dermonl?

CANARD

M. Dermont ?

tu sort par l.i droite.) VICTOR.

Je te le demande, connais-tu quelqu'un de plus malheureux que moi ?...

DURILLON

Le fait est que voilà un enchainenienl de revers capable d'abattre l'àme la plus ferme...

l'hôtel des bains ^kh ■ 261

Je n'avais d'espoir que dans ma tante... elle est si bonne, si aimaBle, elle aurait pris ma défense ; elle était sortie, mon ami, on croyait qu'elle allait aux bains, je vole à ceux-ci qui sont le plus près, et quand je cherche à parvenir jusqu'à elle,

(Se tournant vers l'endroit où était Cunard.) mOnsicur s'obstiue...

Où est-il donc?... mais je le retrouverai... je parlerai à ma tante.

DURILLON

Que n'allez-vous chez elle ?

VICTOR

. El si je rencontre mon oncle, nez à nez...

DURILLON

Ah! diable, c'est vrai... Attendez donc! vous dites votre oncle, M. Dermont... il me semble que tout à l'heure en courant... j'ai entendu prononcer ce nom... S'il était ici... je vais m'en assurer...

VICTOR

Ail ! mon ami... mon sauveur !

DURILLON, criant.

On demande M. Dermont.

VICTOR

Mais tais-loi donc, bourreau !... .Je ne veux pa^ au contraire qu'il me voie...

DURILLON

C'est égal... (criant plus huut.) Quelqu'un demande M. Dermont...

» DliRMONT, en dedans d'un cabinet.

Qu'est-ce que c'est?...

DURILLON

* 11 v est... voub pouvez hardiment aller trouver sa femme... partez vite et ne craii!,nez rien... . .

VICTOR

J'y vais... mais, je t'en prie, tâche de le retenir... Tout ce que je possède est à toi... tiens, prends, c'est l'argent de mon voyage...

DURILLON, prenant l'argent.

Eh! mon Dieu, quelle impétuosité!... Que diable, permettez donc? (Mettant l'argent dans sa poche.) A peine si VOUS laisSCZ

aux gens le temps d'agir... Comment voulez -vous que je le retienne?... Il est vrai que tout à l'heure il vient de faire demander le pédicure...

VICTOR

C'est admirable!... S'il est une fois dans tes mains... me voilà tranquille... il ne pourra plus bouger...

DURILLON

Qu'est-ce que vous dites donc, monsieur? Et mon état, et ma réputation... croyez-vous qu'un pérlicure foule aux pieds tout sentiment de morale ?... Tout ce que je peux vous promettre, c'est de mettre l'ennemi hors de combat... (se fouillant.) j'ai mes armes... mes ciseaux et mon rasoir... soyez tranquille, ils ont le fil...

(Durillon sort par le f'jnJ.)

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