NARCISSE, M. DE MENNEVILLE
M. DE MENNEVILLE
Où est-il donc?... que je l'embrasse... Eli bien ! mon cher Narcisse... eh bien, mon gendre, comment vous va?...
NARCISSE, à part.
Dieu ! c'est le beau-père ! quel bonheur qu'il ne m'ait pas surpris !
M. DE MENNEVILLE
J'espère que vous avez déjà fait connaissance avec ma fille?...
NARCISSE
Non... je ne l'ai pas encore vue... mais, c'est égal, je la prends de confiance...
M. DE MENXEVILLE.
Et vous faites J)ien... vous en serez ravi, transporté... j'espère que je ne serai pas moins content de vous. Je n'ai pas alors besoin de vous demander si votre cœur est libre...
NARCISSE
Au contraire... c'est que je vous prie de me le demander...
M. DE MENNEVILLE
Eh bien, mon ami, je vous le demande.
NARCISSE
Eh bien 1 beau-père, pour vous répondre avec la même franchise... mais vous ne m'en voudrez pas... je suis obUgé de vous avouer que j'ai une inclination...
M. DE MENNEVILLE
Une inclination!...
NARCISSE
Ou un sentiment, si vous l'aimez mie'ux, et un sentiment qui dégénère en passion romanesque.
M. DE MENNEVILLE
Quoi !... vous aimez...
NARCISSE
Oui, j'aime... j'adore, j'idolâtre...
M. DE MENNEVILLE
Je ne reviens pas de ma surprise... élevé comme vous l'avez élé... Mais ce n'est peut-être qu'une fohe passagère... une amourette de jeune homme?
NARCISSE
C'est un sentiment qui mourra avec moi...
M. DE MENNEVILLE
Diable !... et l'objet de votre amour en est-il digne, au moins ?
NARCISSE, faisant jabot.
.le m'en flatte... et comment ne nous aimerions-nous pas'?
Même âge, même caractère, même physionomie, même manière de sentir depuis l'enfance...