‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 52 sur 188 · X. DE ROSTANGE, le contrefaisnnt · texte numérisé non relu

X. DE ROSTANGE, le contrefaisnnt

Non, mon oncle!... Eh !... qu'est-ce que c'est que ça,, monsieur?... qu'est-ce que c'est que cet air-là?... Vous êtes triste, changé; voilà huit jours que je ne vous ai vu, et vosamis prétendent que vous êtes malade...

JULES

Oui... oui, mon oncle... mais je me charge de me guérir,, soyez tranquille.

M. DE ROSTANGE

Tu te charges de te guérir ? et tu veux que je sois tranquille !... qu'est-ce que c'est qu'un médecin comme cela?... à mon âge, morbleu ! on en sait plus long qu'au tien... et je vois où est le mal... Dis-moi, mon garçon, tu as besoin d'argent... n'est-ce pas... c'est la vérité?... c'est très-bien... il faut que la jeunesse en dépense... et je vais...

JULES

Eh ! non, mon oncle... ce n'est pas cela...

M. DE ROSTANGE

Je devine... tu es amoureux! c'est à merveille, mon garçon, il faut qu'on le soit à ton âge ; et de qui, liein? de celte jeune dame qui te parlait tout à l'heure?... elle est, ma foi, jolie !... et j'en suis enchanté... c'est très-bien, très-bien... II. - vi. 6

JULES

Eh ! non, je ne songe pas à tout cela.

M. DE ROSTANGE

Comment ! tu n'es pas amoureux ?... vrai... c'est encore mieux, mon garçon, c'est encore mieux !

JULES

Ah çà! mon oncle, avec vous tout est bien...

M. DE ROSTANGE

Que veux-tu"? moi je ne suis pas contrariant, et ça te prouve que tu peux parler hardiment.

AIR du vaiulcville de La Robe et les Bollcs.

Moi, je n'ai pas l'huiacur atrabilaire ; Pour obstiné, jamais je ne le suis; li est fort beau d'avoir du caractère, II est plus doux d'avoir de bons amis;

Celui qui dispute, qui fronde.

Met contre lui tous les partis ;

En pensant comme tout' le monde,

Tout le monde eFt de voire avis.

JULES

Eh bien ! oui... c'est la vérité, j'aime la tille d'un de vos anciens amis... qui, l'année dernière, logeait ici avec vous ■et qui depuis quelque temps est reparti pour Orléans...

M. DE ROSTANGE

Comment, ce cher Deladurandière! eh bien ! ce n'est pas mal... un gaillard qui a une jolie fille," de la fortune... un brave homme... un peu simple, qui a une santé de fer et qui se croit toujours menacé de quelque maladie... Je devine pourquoi maintenant je te vois si peu, et jiourquoi jadis je te voyais si souvent.

JULES

Et savez-vous ce qui est arrivé?... c'est que Louise est retournée à Orléans... qu'un autre époux s'est présenté, que son père l'a accepté, que le mariage est convenu et que de-

l'éclipsk totale 99^

main ou après j'aurai tout perdu... Direz-vous encore que c'est à merveille?...

M. DE ROSTANGK.

Ta ta ta... comme tu y vas !... non...

Allt : Il nie faudra riuilttr l'cmpiio. {Les Filles à marier.}

Morbicu! je ne prélcndr? pas dire

Qu'un tel accident ne soit rien ;

Mais il pouvait arriver pire, Et selon moi, déjà c'est un grand bien.

Pauvres mortels, nous que poursuivent Tant de soucis, de soins et d'embarras. Nous devons tous, sous peine d'être ingrats, Remercier des biens quand ils arrivent Et des malheurs quand ils n'arrivent pas.

D'abord, le mariage n'esl pas, fait et j'ai reçu liier une lettre d'Orléans par laquelle Deladurandière me prévient qu'aujourd'hui ou demain il pourra bien descendre chez moi et s'y reposer, vu qu'il passe par Paris pour se rendre à Monlereau.

Page 1