SCÈNE VI
Les mêmes; M. DEL.U)L'RA\DIÈRE, DUTL'YAU, LOUISE.
M. DELADIRANDIÈRE.
Allez avec précaution... et prenez garde à ma vache; il n'y a rien d'agréable comme de voyager la nuit... on ne
fait qu'un somme...
M. DE ROSTAXGE.
Parbleu ! mon cher, sois le bienvenu, je ne croyais pas que tu tiendrais si promptemcnt ta promesse.
M. DELADURANDIÈRE.
Eh ! c'est qu'il y avait des raisons ! je commence d'abord
l'éci.ipse totale 101
par te présenter mon gendre, M. Dutuyau, propriétaire, inventeur des frégates à vapeur de Montereau.
DUTUVAU-
Ah ! mon Dieu, oui.
AIR du Fleuve de la fie.
A cette entreprise nouvelle Je dois et richesse et bonheur, Et je vais embarquer ma belle Sur une frégate à vapeur.
Bravant la tempête ennemie, Tous deux nous voguerons gaîmenf, Et nous descendrons en fumant Le fleuve de la vie.
Et c'est ce soir, à dix heures, que nous partons.
M. DE ROSTANGE
Et pourquoi donc ne pas rester quelques jours avec nous?
M. DELADLRANDIÈRE.
Impossible, mon ami ! (Montrant ses jeux.) J'ai besoin de consulter, et il y a à Montereau.., à ce que m'a dit mon gendre, un célèbre oculiste, un homme qui fait des cures merveilleuses, enfin M. le docteur Courte- Vue... dont tu as sans doute entendu parler... et en attendant, je te demanderai la permission d'en user sans façon et d'aller dormir un instant...
JULES, à part, avec joie.
A merveille.
H. DELADURAXDIÈRE.
Car mon gendre et moi sommes rompus.
DLTL'YAU.
Oh! cela, c'est vrai... A propos, qu'est-ce qu'il y a de nouveau à Paris... et l'éclipsé, quel jour a-t-elle lieu?...
M. DE ROSTAXGE.
Mais c'est...
JULES, à son oncle, vivemenl et bas.
Taisez-vous donc... il ne s'en irait pas coucher. (Haut.) C'est... c'est la semaine prochaine.
DUTUVAU.
Ah! c'est la semaine prochaine... (a. de Rostnnge.) Vous, monsieur, qui êtes de Paris et qui êtes un liomme instruit, savez-vous d'où cela vient les éclipses ?
JULES, bas, ù son oncle.
Mais, mon oncle, est-ce que vous allez lui expliquer?...
M. DE ROSTANGE, de même.
Laisse-moi donc tranquille, (naut, ù nutuyau.) Vous autres marins... car comme propriétaire de bateaux à vapeur, vous me permettrez de vous donner ce titre... vous autres marins, connaissez probablement les noms des planètes, leurs satellites et leurs révolutions autour du soleil ?
DUTUYAU.
Oui... oui... les planètes, ce sont les étoiles, je conçois.
M. DE ROSTANGE
Pour vous faire mieux entendre... prenons que madcr moiselle soit le soleil... c'est une supposition à laquelle vous vous prêterez facilement... vous, vous êtes la terre... L'éloignant.) et vous vous tenez à une distance raisonnable... là, pour n'être pas brûlé.
DUTUVAU.
Comment? je suis une planète... je suis un astre.*.
M. DE ROSTANGE
Pour un moment... mais ne bougez pas, vous êtes une étoile fixe... moi, voyez-vous, je suis la lune, un corps opaque.
Alli do iliiridiiiie.
Devant le soleil je me place Et je le cache enlièrement.
Ir'ÉCLIPSE TOTALE j,0^
Jl'LES, profitant de cet instant et pnriant vivement :"i Louiâe. Mademoiselle, il fout, do grâce.
Que je vous parle un seul instant.
LOUISE
Et moi de même.
JULES
Bonheur suprûme !
Ce mot flatteur Rend l'espoir à mon cœur.
(il lui baiso la main.)- M. DE ROSTANGE.
Or, entre nous Que voyez-vous?
Cela, mon cher, Vous paraît-il bien clair ?
DUTIYAU.
Non, pas plus que l'Apocalypse!
Que puis-je voir à tout cela?
^'ous êtes devant moi!
M. DE noSTAKGE.
Voilà Ce qu'on nomme une éclipse.
DUTUYAU.
Ail! ce n'est pas plus malin que ça ?... Je croyais qu'il y avait autre chose... qu'il y avait une queue, mais je confondais avec les comètes... Ah! mon Dieu, le l)cau-pèro qui s'est endormi...
M. DE ROSTANGE
r.li! sans doute...
Ain : Jo iryaiilais Mmlolinotte.
Le repos vous est nécessaire.
Entrez dans cette chambre-là, Et pendant l'absence du père, La tille au moins nous restera.
DUTUYAU.
Oui, pour un instant je vous quille
10 i COMÉDIES VACPEVILLES
Et reviens bientôt sur mes pas; Pour moi, d'abord, je dors Irès-vile.
LOUISE
Ah! monsieur, ne vous pressez pas!
(Oïladarandière et Dutuyau sortemu)