EVRARD, CLARISSE, ALBERT
CLARISSE, à hvrard.
Eh bien ! mon père, vous voyez qu'il n'y a plus d'inquiélude à avoir. Voilà votre crédit plus solide que jamais, cl l'estime publique n'a pas cessé un instant de vous environner.
EVRARD
A qui le dois-je ? au meilleur des hommes ; à mon gendre, à mon lîls... car un tils n'aurait pas fait davantage. Vous saurez (et cela vous regarde, mon cher Melville), qu'il n'a voulu rien diminuer de la dot de Clarisse. Elle aura toujours cent mille francs en mariage.
ALBERT
Je vous prie de croire, mon cher oncle, que ma cousine, n'eùt-elle rien, je la préférerais encore à toute autre femme ; car je ne l'ai pas quittée depuis son enfance. Je sais quel trésor de sagesse et de vertu je trouverai en elle. Et alors peu importe sa dot; ma place et mon travail suffiront toujours à nous faire vivre honorablement. Mais c'est dans un mois à peu près que ce niariage doit avoir lieu ; et, avant d'en fixer le jour, il est une chose dont je voudrais vous parler.
2 '(6 ^ C 0 M K I) I ï: s DRAMES
LVRAP.D.
Qu'est-ce donc?
AMil-RT.
Je n'ose pas. tant (juc (llarisse est l.'i.
CLARISSE
Moi, mon cousin?
ALItKKT.
El cependant, je le sens, c'est devant elle que je dois vous avouer ce (jiii cause mes craintes et troubla mon bonheur.
CLARISSE
Eh ! mon Dieu. Albert, cpi'y a-til?
ALBERT
Je le dirai tVancliement : je vous aime, ma cousine, je vous aime d'amour, je n'ai jamais aimé que vous et il me semble (jue cette tendresse, si vive et si brûlante, n'est pas ]Kartagce.
ÉVRARn.
Y penses-tu?
ALBERT, vivrineiit h ÉvranL
Je connais sa bonté, sa douceur, son amitié... Elle est parfaite avec uioi comme avec tout le monde ; ceh ne peut pas être autrement... Mais entin, elle ne m'aime pas comme je l'aime; je h crain;, du moins.
ÉVBARl).
I']t c'est là ce (|ui l'inqui' \r ?
ALliKRT.
Oui, mon oncle.
EVRARD
Eli bien! tu le ti'oiiqies. cl tu n'as pas le sens conmnm.
ALBERT
Qu'elle le dise, et je Ift croirai. Oui, Clarisse, je m'en rapporte à vous maintenant comme toujours : j'en appelle à votre cd'ur, à votre tVancliise... m'aimez-vous?
DIX ANS U E LA VIE D ' U N E FEMME 'i'i I
CLAIUSSE.
Mais oir... mon cousin.
AMIERT.
M'aimez-vous d'ainour '!
CXABISSE.
Non. mon cousin.
ALBERT, il Evrard.
Ouand je vous le disais !
EVRARD
l'^t conmient vcux-tu (ju'une jeune fille te reponde autrement ?
CL\R1SSE
Vous m'avez demandé de la franchise, Albert, et au ris'iue de vous faire de Ja peine, je ne devais pas vous tiomper. Je vous aime comme mon ami, comme mon frère, conmie Ihomme que j'estime le plus au monde, et à qui je confierai sans crainte mon avenir et mon bonheur... Ce que vous me demandez viendra sans doute, je le désire, je l'espère : je n'en veux pour garants que vos bonnes qualités et votre amour... Mais, quoi qu'il arrive, vous aurez en moi une amis sincère, une épouse dévouée... et une honnête femme. Cela peut-il vous suffire? voilà ma main. Je vous la donne devant mon p>''rc cl devant Dieu, ((ui entend mes serments.
ALBERT, lui jirennnt la main.
Ah ! je suis trop heureux encore! j'étais un fou, un insensé...
EVRARD
Non, tu étais amoureux, ce (jui revient exactement au même. Ne parlons plus de cela, et ne songeons qu'à notre réunion d'aujourd'hui, dont je me fais une fête... une petite soirée de famille. Il y a si longtemps que nous ne nous étions trouvés tous ensemble. M. et madame Dusseuil viendront.
CLARISSE
Nous aurons mon oncle et ma tante ? Tant mieux !
EVRARD
Et puis ma iille Adèle que je ne vois presque jamais. Elle me néglige...
tXARISSE.
Non, mon père, car la voilà.