DIX ANS DP, I.A VIK I) ' T N' K K F, M M K
SCEXK III.
Les mkmks ; nARCEV, p.îio pt rontriiint.
(CInrisse et Albert ont été nii-devnnt de lui.) ALBEKT, rnuipnnnt pnr la nuiin.
Venez, monsieur, venez, vous ("tes pour moi plus ([u"un homme.
DUSSEUIL.
Mon ami, votre conuuile esl un bel exemple. Je suis fier d'avoir un neveu comme vous.
M"^'' DUSSEUIL.
Vous ôtesun ange, monsieur Darcey, vous êtes un ange !
Mon bon frère !
EVRARD
A son bienfaiteur, une famille reconnaissante.
ADÈLE
C'est moi qui suis la plus endettée de tous, mon cher Ferdinand; des paroles peindraient mal ce (jue j'éprouve.
DARCEY
Tu me réserves des faits?
ADÈLE
Ils prouvent mieux.
DARCEV.
Bonne Adde !
CLARISSE
Le thé est servi.
EVRARD
Veuillez vous approcher de la table.
ADELE.
Mais qu"es-tu devenu toute la journée, mon ami ? Je t'ai à peine entrevu. Sais-tu que c'est fort mal.
DARCEY
Une affaire importante qui m'occupe...
ADELE, s'asseyant.
Oublie-la dans ce moment, je te le conseille.
[ils sont tous assis.) EVRARD.
Nous voilà donc réunis ! et quel plaisir j'éprouve à vous voir tous autour de moi ! (a Darcey.) Et votre ami Valdéja, vous m'aviez promis de nous l'amener.
DARCEV.
Je suis passé chez lui pour le prendre , il n'y était pas... mais il m'a écrit.
ADÈLE
C'est très-heureux ; grâce à son absence, lu auras du moins un jour de congé ; car il ne te quitte pas plus que tes pensées; et, lorsqu'il n'est pas là, il te domine encore ; il est facile de s'en apercevoir à ton air rêveur.
ALBERT
Serait-il vrai "?
DARCEV.
Du tout, c'est un autre ami que lui qui m'occupe en ce moment.
ADÈLE
C'est là celle affaires! importante dont tu nous parlais?
DARCEV.
Oui, je médite sur la position de cet ami, afin de lui donner un conseil.
M"'" DUSSEUIL.
Quelle est donc sa position ?
niX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME 253
i)ARcr:v.
Colle d'un mari trompé.
TOUS, ojtcopté Adôle.
Ah!
DARCEY
Kt puisque nous voilà tous réunis, je vais consulter h ce sujet les membres de la famille ; leur avis sera le mien. Je ne saurais mieux faire.
ADÈLE
C'est insupportable ! et devant ma sœur...
M™'= DUSSEUIL.
Nous écoutons, Ferdinand.
DARCEY
Il y aura du scandale, peut-être !
M'"*' DUSSEUIL.
Ah ! ah !
DUSSEUIL.
Du scandale?
DARCEr.
Mais avec le scandale on fait justice du vice.
ADÈLE
J\Ioi, j'ai presque envie de m'en aller.
Te voil;\ devenue bien susceptible.
ADÈLE
Je ne comprends pas qu'on s'occupe...
DARCEY
Laisse-moi continuer, tu comprendras après. Cet ami avait épousé sa femme par passion ; elle était loin de répondre à cet amour, il le sentait : ce fut une cruelle déception pour lui, et bien lui prit d'avoir reçu de la nature une âme forte, car il aurait succombé.
ScniBE. — Œuvres compotes. l'e série. — 2^ vol. — 13
254 COMÉDIES — DHAMES
ADELE.
C'est M. de Nelles, je parie.
DARCEY
Quoi qu'il en soit, il ne se découragea pas. Elle était jeune ; il espérait que le temps et ses soins modifieraient un semblable état de choses. Il ne se trompa point; il se fit effectivement de grands changements dans les manières de sa femme : jusque-là elle avait été sage et querelleuse, de ce jour elle devint aimable et criminelle.
TOUS
Ah !
DARCEY
Un si constant amour n'a produit que d'infâmes trahisons.
ADÈLE
Je sais qui: c'est madame de Servières.
Il en eut les preuves.
ALBERT, avec feu.
Alors que fit-il ?
DARCEY
Rien ; il ne devint pas fou.
M"^ DUSSEUIL.
Mais bs noms? Vous ne nous avez pas dit les noms.
DUSSEUIL.
Cela me paraît parfaitement inutile, madame Dusseuil, Ji moins que le mari n'ait l'intention d'intenter à sa femme une action judiciaire,
ADÈLE
Ce récit est vraiment pénible.
DARCEY
Ce qui l'arrête, r.'esl l'inflexibilité de son caractère. Lorsqu'il aura pris une (h'-torminalion, elle sera imnuiable... et
DIX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME 255
il craint d'en linir; inillo idées fougueuses se disputent sa tète, car il est indigné.
Evrard.
On le serait à moins.
Je crois donc qu'on ne saurait trop peser les choses. Je vais recueillir les avis. Les plus jeunes d'abord et les sages ensuite. Voyons, Clarisse, si vous étiez à la place de ce mari, que feriez-vous?
CLARISSE
Je pardonnerais, mon frère, dans l'espoir d'obtenir, par le repentir, ce qu'un autre sentiment n'aurait pas eu assez de force pour faire naître.
DARCEY
Et vous, Albert?
ALBERT
Moi? je la tuerais.
M. ET M™*' DUSSEUIL.
Ah!
ADÈLE
C'est affreux !
DUSSEUIL.
Doucement, mon ami, la loi te punirait.
DARCEY
Et vous, mon pf-re?
CLARISSE, l'interrompant.
Wais, mon frère, c'est au tour de ma sœur.
ADÈLE
Pour rien au monde je ne voudrais me mêler d'une aussi sotte affaire.
DARCEY, à Evrard.
Vous dites?...
'lïiCt COMÉDIES — DRAMFS
EVRARD
Eh ! eh !... ma foi, à sa place je la mènerais à ses parents; je les ferais juges entre elle et moi ; je leur dirais : La voilà. Le mauvais germe a étouffé le bon ; il a porté ses fruits : ils sont mûrs, récoltez. Et je la leur laisserais.
DARCEY, se levant.
Eh bien ! c'est vous qui l'avez jugée !
(Tous se liivent.) ADÈLE, avec anxiété.
Mais qui donc?
DARGEY, avec chaleur.
Je ne la tuerai pas, je ne la traînerai pas sur les bancs d'un tribunal; mais je vous la rendrai, mon père... car cet homme, c'est moi; cette femme, c'est votre fdle.
ADÈLE
Ah!
Adèle !
Ma sœur ?
Ce n'est pas vrai.
EVRARD
Adèle VOUS a trahi ?
ADÈLE
Je ne suis pas coupable.
M""' DUSSEUIL, à DorccT.
Mon cher ami, ètcs-vous certain de ce que voua avancez 1:\?
DARCEV.
Oui, ma tante.
EVRARD
CLARISSE-
ADELE.
DIX ANS UK l,A VIE u'UNE FEMME 257
ADÈLE
Il ne m'aime plus ; c'est un prétexte...
DARCEV.
Et Rodolphe, l'avez- vous oublié depuis hier ?
ADÈLE
Qui, Rodolphe?
DARCEY
Rodolphe, votre amant ?
ADÈLE
Je... U6 connais pas de Rodolphe.
DARCEY
Vous ne connaissez pas de Rodolphe ?
Non.
DARCEY, lui mettant ses lettres sous les yeux.
Lisez donc, lisez, (a Evrard.) Voilà les pièces du procès ; ces lettres, ce sont les siennes !
(Adèle pousse un cri et tombe sur un fauteuil.) CLARISSE.
Mon frère, vous avez eu tant pitié de nous, serez- vous, inexorable pour elle seule ?
DARCEY
Clarisse, vous avez seize ans ! Adieu 1 justice est faite... Maintenant je vais me venger, car il y a sur terre un homme de trop dans le monde, et il faut que lui ou moi...