I.A nOHKMIËNNB
cit'l ; mais no seriez-voiis pas vous-même Cvtfe personne mystérieuse qui veut du bien à mon ami?
BATHILDE
Moi, monsieur! vous pourriez supposer ! Je vois que vous ne me connaissez pas. Je n'ai jamais compris un pareil sentiment, ou plutôt une pareille faiblesse ; jamais, du moins je crois pouvoir en li'iioinlic, jamais je n'aimerai personne.
(ils se lèvent.) LIONEL.
Et pourquoi donc, madame? Voilà une déclaration d'indépendance contre laqr.elle nous réclamerons.
BATHILDE
Est-il donc si étonnant, monsieur, qu'on chérisse la liberté? qu'on veuille la conserver?
LIONEL, viveiiK'iit.
Non, sans doute : pour nous, du moins, qui devons avant tout... (se reprenant et sourinnt.) Maisvous, madame, c'est sl différent ; nos situations se ressemblent si peu ; et quelles que soient vos idées à cet égard, de tous les devoirs, il n'en est point, selon moi, de i"'Ius doux et de plus respectable que ceux d'épouse et de mère, liens sacrés de la famille, qui bientôt forment ceux de la patrie et nous attachent au sol qui nous a vus naître. Dans ce pays encore nouveau, si vous aviez été ti'moin du bonheur de nos ménages, si vous aviez vu nos jeunes illles, chéries comme amantes, estimées comme épouses... si, assez heureux pour vous connaître, j'avais pu vous présenter à ma mère ; vous l'auriez vue, au miUeu de nous, souveraine adorée, nous prêcher l'amour de l'honneur et de notre pays, qui se confondent dans nos cœurs avec notre amour pour elle!... Et ce bonheur intérieur, cette estime générale, celte considération, premier besoin d'une âme noble et généreuse, qui, plus que vous, madame, serait destinée à l'appeler autour d'elle?... Eh! mais, qu'avez-vous?
BATHILDE
Rien, monsieur; j'avoue que vous venez d'offrir à mes yeux un tableau nouveau pour moi, et un bonheur, si c'en est un, auquel il ne m'est plus permis d'aspirer.
LIONEL
Qu'ai-je fait ! Je comprends : on a enchaîné voire destinée, votre avenir, vous n'êtes plus libre ?
BATHILDE
Oui, c'est cela même ; je ne suis plus libre de revenir sur mes pas, ni de changer mon sort. Mais, n'en parlons plus, je vous prie ; recevez mes remerciements, et comme il est probable que je ne dois plus vous revoir...
LIOXEL.
Quoi! madame, vous vous éloignez, vous nous quittez?
BATHILDE
Oui, monsieur.
LIOXEL.
Eh bien ! une dernière grâce. Que je sache au moins qui vous êtes; vous ne pouvez me refuser... Vous hésitez? Cette demande-là même est-elle indiscrète ?
BATHILDE
Non, sans doute ; mais il me paraît singulier que ce soit vous, monsieur, qui m'interrogiez, quand j'ignore moi-même votre nom.
Lionel Lincoln.
Ciel !...
BATHILDE
LIOXEL.
Colonel aux dragons de Virginie.
RATIIILDE.
Oiini! ce I,ionel nno je voulais coniiaitro !
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LIONEL, nvec joie.
Que dites-vous? Il serait possible !
n.VTIlILDE.
Non, non, monsieur. Je voulais dire seulement que ce nom avait souvent frappé mes oreilles, et que je l'avais toujours entendu citer avec^tant d'éloges...
LIONEL
Il n'était pas digne d'un tel honneur, ou du moins jusqu'ici il ne l'avait pas encore mérité ; mais un jour viendra peutêtre où ce nom ignoré brillera de quelque éclat. Alors, j'aurai assez vécu ; alors, je ne demande plus rien que de mourir au milieu de mes soldats, et dans un jour de victoire.
BATHILDE
Quoi ! ce sont là tous vos vœux ? votre unique ambition ? et vous ne regretterez rien ?
Non; si d'autres me regrettent... et si vous-même, madame...
BATHILDE
On vient... C'est mon oncle!