‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 193 sur 223 · ELI1E · texte numérisé non relu

ELI1E

C'est ce qui s'appelle de l'adresse...

UERTHAN'I) KT U A T O N i03

UANTZAf, froi.lcinpnt.

Oui, ça peut appeler coiuine cela... si on veut!

KOLLKR, ù l'alkpnskield.

31a ruse a obteiui le succès (jue je désirais, car ce malin on est venu inc proposer d'entrer dans un complot qui doit éclater ce soir même... pendant le dincr que vous devez donner aux ministres, vos collègues.

CœLHER.

Voyez-vous cela !...

KOLLEH.

Les conjurés doivent s'introduire dans l'hôtel, sous divers déguisements, et, pénétrant dans la salle à manger, s'emparer de tous ceux qu'ils y trouveront.

FALKENSKIELD.

Est-il possible

G(œLHER.

Même de ceux qui ne sont pas ministres?... Quelle horreur !... (a Rantzau.) Et VOUS ne frémissez point !...

RAXTZAU, froidement.

Pas encore, (a Koiier.) Ètes-vous bien sur, colonel, de ce que vous nous dites là?

KOLLER

J'en suis sûr... c'est-à-dire... je suis sûr qu'on me l'a proposé... et je m'empressais de vous en prévenir...

RANTZAU, cherchant à l'aider.

C'est bien... Mais vous ne connaissez pas les gens qui vous ont fait cette proposition ?

KOLLER

Si vraiment. . . Ce sont Hermann et Christian, ceux-là même que l'on vient d'arrêter... et qui ne manqueront pas de s'en défendre... ou de m'accuser... Mais, par bonheur... j'ai là des preuves: cette Uste écrite... sous leur dictée.

404 ( OMÉDIES — DRAMES

FALKENSKIELD, la prenant vivement.

La liste des conjurés.

(il la parcourt.) RAXTZAU, avec compassion et à part.

D'honnêtes conspirateurs sans doute... pauvres gens!... Fiez-vous donc à des lâches comme celui-là... qui au premier danger vous livrent pour se sauver.

FALKENSKIELD, lui remettant la liste.

Tenez... Eh bien ! qu'en dites-vous?

^ RAXTZAL".

Je dis que je ne vois dans tout cela rien encore de bien positif. Tout le monde peut l'aire une liste de conjurés; cela ne prouve pas qu'il y ait conjuration ! Il faut en outre un but ; il faut un chef.

FALKENSKIELD.

Et ne voyez-vous pas que ce clief... c'est la reine mère, c'est Julie-Marie ?

RAMZAU.

Rien ne me le démontre ; et à moins que le colonel... (Appuyant.) n'ait des preuves... positives... personnelles...

KOLLER

Non, monseigneur.

RAXTZAU, à part.

C'est bien heureux!... Voilà la première fois que cctinibécile-là m'a compris !

GOELIIER.

Alors cela devient ti'i's-dèlicat.

RAMZAU.

Sans doute. (Montrant la liste.) 11 v a là dcs gens de distinction, des gens de naissance... Les condamncrez-vous de confiance et sur parole, parce qu'il a plu à MM. llerniann et Christian de faire une confidence à M. Koller... confidence, du reste, fort i)ien platée... Mais enfin, et monsieur

nERTRANn ET RATON 405

le baron, qui connaît les lois, vous dira com.iie moi, que là (Avec intention.) OÙ il n'\ a point coninicncement d'exéculion, il n'y a pas de coupable.

GOKLHER.

C'est juste !

FALKENSKIELD se lève vivement, Rantzau en fait autant.

Eh bien!... laissons-les exécuter leur complot... Que rien ne transpire, colonel, de la communication que vous venez de nous taire ; que rien ne soit changé à ce rc])as, qu'il ait toujours lieu ; que des soldats soient cachés dans l'hôtel, dont les portes resteront ouvertes...

RANTZAU, à part.

Et allons donc!... on a bien de la peine i\ lui faire arriver une idée.

FALKENSKIELD.

El dès qu'un des conjurés se présentera, qu'on le laisse entrer, et qu'un instant après l'on s'en empare. Sa présence chez moi à une pareille heure, les armes dont il sera muni, seront, j'espère, des preuves irrécusables.

RAMZAU.

A la bonne heure !

GCœLHER, avec finesse.

Je comprends votre idée... Mais maintenant que nous les tenons, si par malheur ils ne venaient pas?...

RANTZAU

C'est qu'on aura trompé le colonel ! c'est qu'il n'y avait ni conjuration, ni conjurés.

FALKENSKIELD, haussant les épaules.

Laissez donc !

(il va à la table à gauche et écrit pendant que Koller remonte le théâtre

et se tient au milieu, un peu au fond.j

RANTZAU, à part.

Et il n'y en aura pas; faisons prévenir la reine mère qu'ils

aient à rester chez eux. Encore une conspiralion tombée dans Teau ! (Regardant Koiier.) G'cst lui qui les trahit, et c'est moi qui les sauve! (Haut.) Adieu, messieurs, je retourne près de Struensée.

FALKENSKIELI), qui pendant ce temps s'est assis à la table et écrit un ordre. — A Gœlber.

Cet ordre au gouverneur... (a Rantzau.) Vous nous revenez... je l'espère ?

RANTZAU

Je le crois bien ; je ne peux plus maintenant dîner ailleurs que chez voqs, j'y suis engage d'honneur ; je vais seulement rendre compte à Son Excellence de la belle conduite du colonel Koller ; car enfui, si ces braves gens-là ne sont pas arrêtés, ce n'est pas sa iaute... il aura fait tout ce qu'il fallait pour cela, et ou lui doit une récompense.

FALKENSKIELD.

Qu'il aura.

RANTZAU, avec intention.

S'il y a une justice sur terre... Je m'en cliargerais plutôt.

KOLLER, s'inrlinnnt.

Monsieur le comte, quels remerciments...

R.\NTZAU, avec mépris.

Oui, vous m'en devriez peut-être, nuiis je vous en dispense.

(il sort.) KOLLER, à part, redesccndr.nt le tbontre.

Maudit hoimno! on ne sait jamais s'il est i)our ou contre

vous. (Snluanl.) McSsicurS...

GOEMIER.

Je vous suis, colonel, (a Faikenskield.) Ccl ordrc au gouverne ui-, et je cours raconter à la reine ce que nous avons décide et ce que nous avons fait.

(il sort ovoc Koller par 1« porte du fond.)

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