‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 21 sur 223 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BATHILDE, ZAMBARO. ils sortent de la chambre à droite. ZAMB.VRO.

Qu'as-tu donc?

BATHILDE

Je ne sais ; mais je ne puis rosier ici.

ZA.MBAR().

Pour quelle raison ?

BATHILDE

Je n"en ai pas ; mais je veux quiller ce pays ; retourner en Europe.

ZA.MB\RO.

Sans avoir des nouvelles de Zambaro, de mon frère? Cela est impossible... C'est ton père, c'est par ses ordres que nous sommes venus ici ; et pourquoi ces ordres, auxquels il y a quelques mois tu l'os soumise sans murmurer, te semblent-ils aujourd'hui si pénihlos?

BATHILDE

Je ne puis m'expliquer ce qui se passe en moi ! Dans ces forêts de la Bohème, oà j'ai été élevée, le premier sentiment que je connus, fut celui de la crainte qui comprimait tous les autres ! Le caractère violent de mon père, ses

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manières terribles me faisaient trembler! il n'y avait que toi qui me défendais.

Z.VMBARO.

Oui, quand j'étais là, je t'empêchais (l'(Mre battue ; mais en mon absence...

BATHILOE.

Aussi, le seul objet de mes pensées était d'obéir à mon père, de lui complaire par une soumission aveui,de ; et quand il me disait : « On ne se métie pas d'une enfant ; va près « de ces voyageurs, écoute leurs discours , épie leurs acte lions; va! ou sinon !... » j'y allais... et, quand mon zèle et mon intelligence m'avaient valu des éloges de toute notre Iribu, j'en étais flattée, j'étais tière d'avoir réussi; il me semblait que c'était bien, ([ue c'était glorieux.

ZAMBARO.

Oui, certainement.

Hier encore, je le croyais!...

ZAMBARO.

Et lu avais raison.

BATHILDE

Eh bien ! aujourd'hui, je ne sais pouniuui, il nie semble que c'est mal !

ZAMBARO.

En quoi? N'est-ce pas le sang bohémien qui coule dans nos veines? Que devons-nous aux hommes, à la société? Nous ont-ils accueillis ? nous ont-ils admis parmi eux ? Non ! ils nous méprisent ! nous le leur rendons, nous sommes quittes, et personne ne se doit rien. Mais qu'est-ce qui te prend donc? et depuis quand t'avises-tu de raisonner?

BATHILDE

Tu dis vrai ! j'ai tort ! car, depuis ce moment, tout est trouble et confusion dans mon cœur. Je souffre... je suis malheureuse !

ZAMBARO.

Toi, mon enfant ! toi, pour qui je sacrifierais tout au monde! Et que veux-tu? que te faut-il?... des bijoux, de belles parures?... T'en ai-je laissé manquer?... et, dès que nous aurons de l'argent, ce sera pour toi... je te donnerai tout ce que tu voudras.

BATHILDE

Me donnerez-vous une famille, une patrie?

ZAMBARO.

Que veux-tu dire ?

Me donnerez-vous des amis qui puissent m'entourer de leur estime? Les autres femmes, on les respecte, on les honore... mais moi !

ZAMBARO.

Bathilde, y penses-lu ? D'où te viennent de pareilles idées ?

BATUILDE.

Je cherche en vain à les éloigner... partout je les retrouve, jusqu'en cet ouvrage que je ne connaissais pas, et qui m'est tombé sous la main.

ZAMBARO, preiiiinl le livre et lisant le litre.

Fénelon!... Ah ! dame ! si tu lis de mauvais hvres. Allons ! allons! qu'est-ce que c'est que cela? Songeons à notre fortune... car, en vérité, je ne te reconnais plus! Tu n'as plus d'esprit, plus d'imagination. Depuis ce matin, toi qui as le coup d'oeil si fin et si exercé, tu n'as rien vu, rien deviné... et moi, en un instant, j'ai dépisté le vrai Lionel. Ce porlefeuille,/jue tu viens de lui renvoyer et que tu n'avais pas songé à ouvrir, m'a appris bien des choses ; et maintenant que je suis sur la voie, je te réponds qu'avant ce soir... Eh bien ! qu'as-tu donc? te voilà tout émue !...

BATmi.DE.

.Mon ami, vous m'avez dil tant de fois que, ]iour moi, vous

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feriez tous les sacrifices : eh bien! je vous en demande un, renoncez à celte maudite affaire.

ZAMBARO.

Impossible ! j'ai donné ma parole au gouverneur, qui m'a payé d'avance, et l'honneur avant tout... mon état serait perdu.

BATIIILDE, vivement.

Et c'est ce que je demande ! pour vous, pour voire sûreté, promettez-moi de l'abandonner.

ZAMBARO.

Et comment vivre?

BATHILDE

En honnête homme.

ZAMBARO.

Quand on n'a pas pris cet état-là de bonne heure, on n'y fait rien, et j'y serai gauche; tandis que celui-ci... Écoute, j'ai entendu parler ! Lionel et son ami sont là dans cette

chambre, en conférence secrète, (indiquant la chambre à gauche.)

et peut-être qu'en prêtant l'oreille...

(Il s'approche de la porte.) BATHILDE, à part.

Ah ! mou Dieu! (Haut.) C'est inutile, ils sont sortis.

ZAMBARO, écoutant.

Du tout, je reconnais sa voix.

BATHILDE, à part.

Comment l'avertir ?

ZAMBARO, de même.

Ne fais pas de bruit.

BATHILDE, s'approche du guéridon, et le renverse avec les porcelaines qui se trouve dessus.

Ah!...

ZAMBARO, se retournant.

Que le diable t'emporte!

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