SCÈNE II
ZAMBARO, ARTHUR, ils entrent par la droite en continuant leur conversation.
Z.VMBARO.
11 n'est pas de retour?
ARTHUR
Il aura voulu visiter lui-même tous les quartiers... A propos, baron, avez-vous envoyé à votre ))ord?
ZAMBARO.
La chaloupe est partie devant moi. Corbleu ! vous verrez trois cents gaillards dont vos habits rouges me diront des nouvelles, (a part.) Si je sais où en prendre un seul...
ARTHUR
Ma loi, je vous avoue que sans eux la partie serait douteuse. Nos Américains sont pleins d'ardeur, d'entliousiasme, mais si peu exercés au feu...
ZAMBARO, à part.
C'est bien, ça ne sera pas long. (Haut.) Et votre Zambaro, ces papiers allemands, avez-vous tiré cela au clair?
ARTHUR
Je joue de malheur, personne de ma compagnie ne sait celte maudite langue.
ZAMBARO, à part.
Grâce au ciel !
Iti COMÉDIES — DKAMES
ARTHUR, les tirant de sa poclie.
Et j'ai beau les retourner en tous sens, il est bien avéré que je n'y entends rien.
ZAMBARO, avec joie.
N'est-ce que cela ? Donnez-les-moi.
ARTHUR
A vous, baron ?
ZAMBARO.
Je n'y pensais pas d'abord ; mais ma nièce nous traduira cela parfaitement.
ARTHUR
Comment ! elle sait l'allemand... une si jolie femme?
ZAMBARO.
Son mari, Je comte de Bai-nlieim, mort au service d'Autriche, était Allemand.
ARTHUR, lui donnant les papiers.
A merveille !
ZAMBARO, à part.
Je les tiens !
En parlant de votre nièce, mon cher baron, savez-vous qu'elle est charmante?
ZA.MBARO , indifféremment.
Elle n'est pas mal.
ARTHUR, avec feu.
Pas mal!... la physionomie la plus distinguée, une grice, un esprit...
ZAMBARO.
Tudieu ! mon jeune ami; quel feu! on'dirait que...
ARTHUR
Et pourquoi pas?... Pour être capitaine de cavalerie, on n'est pas insensible ; mais, avant tout, l'amitié et la subordination militaire... notre colonel est pris.
l.A HOHKMIKNNK 77
ZAMBARO.
Vous croyez?
ARTHUR
Il ne faut pas que cela vous fâche.
ZAMBARO.
Moi, nullement.
ARTHUR
C'est un singulier caractère ! Lui qui a tant de calme et de sang-froid, qui raisonne si bien dans le conseil ; eh bien, sur le champ de bataille, c'est un diable, la tête n'y est plus; et près d'une jolie femme...
ZAMBARO, riant.
C'est la mcme chose ?
ARTHUR
Comme vous dites, il perd la raison en un instant, et en un instant aussi elle lui revient ; car il n'est pas comme moi, il n'a pas de suite dans les idées ; mais aujourd'hui, c'est sérieux, c'est la première fois que je le vois réellement amoureux, au point qu'il veut être votre neveu.
ZA.MBARO.
Il serait possible !
ARTHUR
Il me l'a dit.
ZAMBARO.
Il ne sait pas sans doute que notre position, notre peu de fortune...
ARTHUR
N'eussiez-vous rien, peu importe ! Lionel est le plus riche propriétaire de la colonie... « Oui, mon ami, me disait-il tout à l'heure, si demain nous triomphons, si j'existe
encore, je l'épouse... » Eh! mais... (AlUnl à la porte d"entrée.) ZAMBARO, à part, sur le devant à gauche.
Dieu ! qu'ai-je fait ! voilà qui valait bien mieux que toutes
les récompenses du gouverneur. (Haut.) Ce pauvre colonel! (A part.) Et moi qui viens de les livrer! Comment faire à présent?
Le voici !