SCÈNE XVII
M""' DE BLAN(iV, M. l)i: COURCELLES.
M. DE COURCELLES
Ail ! niadiime, coininont m"ac(iiiitter jamais de ce que je dois à vous et à M. de Dussirres?
M'"'^' DE BLANGV, A part.
Pauvre honmic !
M. DE COURCELLES
Je suis si ému ([uc, pour vous remercier, je ne puis trouver de phrases... d'ailleurs, je n'ai jamais su en l'aire, cl j'irai droit au but! A quand la tin du deuil? à quand notre mariage? le jour est-il \\\c'!
M"" DE lîLANOV.
Pas encore.
M. DE COURCELLES
Est-ce hientôt?
M'"*" DE BLAMiV.
Non, mon ami; avec vous je dois parler franchement, et je sens là, quoi qu'on ait pu me dire, que je ne suis pas du tout déterminée...
M. DE COURCELLES
11 ne faut pas que cela vous fâche, j'attendrai...
jjine Y)^ BLANGV, ave.- embarras, et d'un air suppl'ant.
Non, n'attendez pas.
M. DE COURCELLES
Et pourquoi?
M™'= DE BLANGY
Parce que, décidément, j'ai idée que je ne me déciderai jamais.
M. DE COURCELLES
Vous vous trompez.
M'"*^ DE BLANGV.
Je ne le pense pas.
Je vous dis que si... je m'y connais... d'aujourd'liui déjà, et sans que vous vous en doutiez, il y a dans votre état un mieux sensible.
M"*^ DE BLAXGY.
Vous croyez?
M. DE COURCELLES
J'en suis sûr, et quoique vous refusiez d'en convenir, votre conversation avec M. de Bussières a avancé mes affaires.
M™" DE BLANGY
Au contraire.
M. DE COURCELLES
Qu'est-ce que cela signifie?
M""= DE BLAXGY.
Cela m'a confirmée plus que jamais dans mon idée de rester libre.
M. DE COURCELLES
Comment, lorsqu'il vous parlait... cl de si prèî... ce n'était pas pour mon conq)tc?
M""" DE BLA.NGY, «ver embarrai.
Il l'avait fait il'aljoid... ot puis...
M. DE COURCELLES
11 a parlé i>our le sien?
M™^ DE BLANGY
Pas connue vous l'entendez.
M. DE COURCELLES, brusquement.
Il me semble (}u'il n'y a pas deux manières de l'entendre.
M'"* DE BLANGY, vivement.
Si vraiment, vous êtes dans l'erreur. Vous ne savez donc pas qu'il a perdu aussi quelqu'un qu'il aimait, et qu'il aimera toujours?... Et une rencontre pareille, la même situation, le même malheur... c'était charmant! De sorte que du premier moment, du premier coup d'œil, il semblait que depuis longtemps nous nous connaissions tous deux.
M. DE COURCELLES
Vraiment ?
M™^ DE BLANGY
Le malheur vieillit si vite!... Et puis la douleur dispose à l'amitié.
M. DE COURCELLES
De l'amitié ! vous en êtes déjà là?
M""^ DE BLANGY
Eh! pourquoi pas? llien que de l'amitié, je vous l'atteste, jamais autre chose.