‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 10 sur 183 · partie , A jours · texte numérisé non relu

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» En comparant la nouvelle méthode d'équitation pour dresser les jeune» chevaux avec celle adoptée par l'ordonnance, on reconnaît immédiatement sa supériorité.

» Cette supériorité lui est acquise d’abord par les assouplissements, qui disposent le cheval h l'obéissance ; ensnite , par l'emploi raisonné de scs forces, qui rend tous les exercices équestres plus faciles.

» On arrive progressivement à ce résultat au moyen du travail individuel, qui permet au cavalier de placer son cheval dans les conditions les plus favorables aux mouvements qu'il exige de lui.

» L'ancienne méthode n'a peut-être pas asseï insisté sur la nécessité d’équilibrer les forces du cheval ; elle exige de suite l'obéissance à des commandements instantanés qui empêchent le cavalier de se servir des ■ ides h propos.

» Pour obvier h cet inconvénient, la nouvelle méthode procède en sens inverse ; elle s’occupe d'abord de l'instruction du cheval de sel e, abstraction faite de son emploi à la cavalerie ; et à l’aide de moyens parfaitement combinés, elle le dresse en trente-cinq jours.

» Lorsque cette instruction est terminée, elle aborde progressivement

les difficultés du trarail militaire, en se conformant aux principes de l'ordonnance.

» La nouvelle méthode défend l'usage du bridon dans lé travail des jeunes chevaux ; elle économise ainsi un temps précieux, et détruit de mauvaises habitudes en ôtant auxchevaux la possibilité de prendre un point d'appui sur les rêues et de travailler machinalement sur les pistes avec l'encolure tendue et basse , défaut que le travail en bride ne corrigeait pas toujours.

» Elle prescrit au cavalier militaire d’employer tous les moyens qui dépendent de lui pour obtenir la mise en main, parce qu’elle empêche le cheval de se soustraire à l'obéissance.

> Ceux qui nient les avantages de celle position prétendent qu'elle s’oppose à la vitesse des allures. D’après ce raisonnement, l’équilibre des forces serait un obstacle !i la progression, ce qui est inadmissible.

» La nouvelle méthode considère l'éperon comme un degré de plus dans les aides ; le cavalier doit en faire usage lorsque le cheval n'obéit pas à l’action des jambes. Dans certains cas, c’est un auxiliaire puissant pour arriver à la concentration des forces.

» La commission , après avoir pesé les avantages du nouveau système d’équitation, demeure convaincue qu’il est appelé à rendre les plus grands services à la cavalerie.

• Pour atteindre ce but, il est indispensable de faire une application judicieuse des principes , et de modifier quelques articles du règlement qui ne sont plus en rapport avec les changements apportés à l'instruction des jeunes chevaux.

» Ces améliorations dépendent de l’autorité supérieure. La commission ne peut se permettre de les indiquer toutes ; mais elle croit utile de signaler les principales.

» Les cavaliers employés aux jeunes chevaux seront obligés de monter i cheval deux fois par jour, et même trois , lorsqu'il y aura promenade des chevaux de quatre ans ; dans l'intérêt de l'instruction , il serait indispensable de les exempter de tout service, ainsi que de corvées autres que celles relatives à leur peloton.

» La commission pense que pour mettre en pratique avec succès la nouvelle méthode d'équitation , il est nécessaire de prescrire que les officiers et sous-officiers soient exercés d'abord à ce travail, afin de former le plus promptement possible un cadre d’instructeurs.

» Elle reconnaît également l’urgence de mettre les trois premières leçons à cheval de l'ordonnance en rapport complet avec le nouveau système d’éqpitation.

• La commission a remarqué que l'éperon se faisait souvent sentir avant l’action des jambes; elle pense qu'il faut diminuer la longueur de la branche, et la réduire à trois centimètres.

• L’élévation de la charge du devant ( surtout celle de la cavalerie légère ) est un obstacle â la position de la mise en main et à toute bonne exécution. Il serait important qu'on arrivât promptement à la solution de celte question.

» Conformément â vos intentions, mon général, la commission s’est affranchie de toute prévention ; elle s'est fait nn devoir d'exprimer sa pensée tout entière , résultat d’une conviction profonde , puisée dans l’étude de la nouvelle méthode et dans les expériences qui ont été faites sous ses yeux, et auxquelles elle a été appelée h prendre part.

» La sollicitude éclairée de M. le Maréchal ministre de la guerre pour l'armée est un sûr garant que cette méthode trouvera en lui un puissant protecteur, et que toutes les troupes à cheval pourront bientôt mettre h profit les importants avantages que procure son application.

» Les membres de la commission :

• Les capitaines de Juniac, de Choisedl, Gros- Jean; le lieutenant-colonel Mebmkt; le général Gusler. •

L’extrait suivant d’un mémoire sur les travaux du camp de Lunéville, publié dans le Spectateur militaire de novembre 1842, servira de complément à ce rapport.

• L'adoption de la nouvelle méthode d'équitation peut avoir uns grande influence sur l'instruction de la cavalerie ; il était donc important qu’elle fût soumise b l'appréciation sérieuse, au contrôle sévère de juges compétents et nombreux. Quarante capitaines et lieutenants instructeurs, tant de l'artillerie que de la cavalerie, furent appelés à étudier à Lunéville, concurremment avec les é”*, 6"*, 9“*et llm* régiments de dragons, le nouveau système d’équitation. Le lieutenant-colonel Mermet, auquel était adjoint M. Baucber fils, fut chargé de la direction de ce travail équestre ;

une commission présidée par le général Gusler surveillait les essais et en constatait chaque jour les résultats.

> Pour que ces résultats fussent concluants, il ne fallait pas se borner au travail de manège : les chevaux soumis à la méthode devaient exécuter aux allures vives les mouvements militaires les plus compliqués. Le lieutenant général Oudinot pensa qu’il était utile d'olfrir pour but i l'émulation des fêtes militaires que depuis quelques années il a fait revivre à Saumur, et auxquels les éléments divers réunis à Lunéville permettaient de donner un éciat particulier. Les exercices où se déploient au plus haut degré l'habileté dans la conduite du cheval et l'adresse dans le maniement des armes ne peuvent êlre plus heureusement appliqués que dans un camp ; ils ne sont pas seulement profitables à l'instruction, ils favorisent aussi la santé des hommes. « II conviendrait, dit Alibert, de ressusciter des institutions » dont l’unique but était d’ennoblir cl de rehausser le sentiment du cout rage. Les tournois fortifiaient le corj» en donnant plus d'énergie il laine ; > rien n’était négligé pour encourager ces joutes qui amusaient les spec- » tateurs par des chocs habilement combinés et des rencontres savantes. >

> Les carrousels ont remplacé, dès le seizième siècle, les tournois trop souvent sanglants, et c’est avec raison que l’école de cavalerie eut, en 1828, l’idée de rétablir !t Saumur, dans ce lieu célèbre par les tournois du roi René, nos anciens jeux militaires appropriés à l’emploi des armes actuelles.

» Dans toutes les réunions de cavalerie, les exercices du carrousel ont donc un but utile, et, en 18è2, à Lunéville, ils avaient un intérêt spécial, car ils devaient faire ressortir, dans toute leur évidence, et en présence d uu public nombreux, les avantages ou les inconvénients d’une nouvelle méthode d'équitation.

> Pour que l’expérience fût complète, il fallait y soumettre des chevaux de toute nature et en nombre considéralvle. Le général Oudinot prescrivit donc que trois carrousels distincts auraient lieu. Le premier se composait de trente-deux officiers, le second d’un nombre égal de sous-officiers, le troisième de deux escadrons de troupes. Les cavaliers de l’un de ces escadrons étaient montés sur de jeunes chevaux frauçais, anglais et allemands. Les chevaux de l'autre escadron étaient choisis parmi les mieux dressés. Celle composition des deux escadrons permettait d'établir uue comparaison véritablement décisive.

» Nous ne rappellerons pas ici les figures du carrousel des officiers et des sous-officiers; elles sont pour la plupart décrites dans le Cours d'équitation militaire qui doit en partie l’idée de ce travail à la Guérinière. « Le carrousel, d’après ce célèbre écuyer, est une fêle militaire ou image

• de combat représentée par une troupe de cavalière divisée en plusieurs » quadrilles, destinés à faire des courses. Les exercices du carrousel se » composent de différentes figures formant une espèce de ballet de che- » vaux exécuté au son des instruments et surtout des courses de la bague » et des tètes. »

» Quant aux exercices du carrousel de la troupe, ils ne pouvaient être empruntés b aucune époque. Saumur sent avait, à l’inspection de 1811, exécuté un travail analogue avec un escadron. C’est donc 1 l’école de cavalerie, et particulièrement au capitaine Dubos, qne nous sommes redevables de l'introduction d’exercices (1) qu’on ne petit trop propager, et sur lesquels le camp de Lunéville devait jeter un nouveau lustre.

» L'n vaste terrain situé à l’entrée du pare, et servant d’esplanade an château de Lunéville, fut disposé avec autant de célérité que d'intelligence. La carrière, ornée de trophées et de faisceaux d’armes, était entourée de gradins où six mille personnes pouvaient trouver place.

» Six semaines 1 peine s’étaient écoutées depois que l’on avait commencé 1 appliquer an camp la nouvelle méthode d’équitation, et déjà, an

(1) Ce travail a dû recevoir à Lunéville plus de développement qu’à Saumur, et le> mouvements du carrousel de ta troupe ont élé réglés ainsi qu’il suit :

Entrée par quatre au pas.

Deuxième escadron , volte pour placer les deux têtes de colonnes à la même hauteur.

Changement de direction dans ta longueur de ta carrière au trot.

Répéter le même mouvement.

Les escadrons étant sur les grands cdtés, demi-tour à droite psr quatre au trot.

Demi-tour à gauche par quatre au trot.

A droite par quatre au trot et se porter en avant, haut le sabre, tes deux escadrons marchant l'un sur l'autre au milieu de la carrière.

Au milieu de la carrière à droite par quatre eo portant le ssbre à l'épaule.

Dans chaque rang de quatre, prenez vos distances au pas.

Dans chaque rang, ouvre* les flics i droite au pas.

Changement de direction dans la longaeur de la carrière au trot, chaque Bis passant dans les intervalles de celles qui viennent à si rencontre.

Répéter le même mouvement.

Les escadrons étant sur les grands cités toujours par quatre et à files ouvertes, exécuter un à-droite par cavaliers au galop et passer dans les intervalles de l’escadron opposé.

Arriver sur la nouvelle piste, terminer le doublé par un à-droite par cavalier toujours au galop. Répéter le mémo mouvement pour se remettre dans l'ordre naturel.

Serrer les files à gauche au pas.

milieu de juillet, officiers, sous-officiers et soldais étaient en mesure d'cxéeuter les divers carrousels. C’est le 20 du même qu'ils devaient avoir lieu en présence du Prince généralissime et du commandant supérieur de la cavalerie. Le suffrage des princes était l'objet de l'ambition de tous, lorsque le funeste événement qui a enlevé à la France S. A. R. le duc d’Orléans est venu répandre la consternation il Lunéville. Dès ce moment toute pensée de fête a dû disparaître.

> Cependant, quand il fut décidé que monseigneur le duc de Nemours irait passer en revue les troupes du corps d’opérations sur la Marne, le commandant du camp de Lunéville prescrivit qu'un nouvel escadron de troupes uniquement composé de jeunes chevaux français et étrangers, dont l'instruction n'était point encore commencée, serait exercé d'après la nouvelle méthode, pour être présenté à S. A. R.

» Après vingt-six jours de travail, ces jeunes chevaux étaient en état d'entrer dans le rang; huit journées avaient en outre été employées il répéter les mouvements du carrousel. C'est à cette période de leur instruction qu'ils ont exécuté devant monseigneur le duc de Nemours, avec la

Sur la droits en bataille au pal, les deux escadrons se faisant face.

Dans chaque division en cercle à droite, la première division de chaque escadron se met seule en mouvement ; i ce moment, lorsqu'elle a exécuté un demitour à droit,-, son deuxième rang s’arrête, et le premier rang de la seconde division se met en mouvement ; lorsque celui-ci a exécuté un à-droite, le second rang de la première division qui s'est arrêté et le second rang de la seconde division se mettent en mouvemeot. Ces quatre rangs, formant ainsi quatre rayons du même cercle, continuent leur conversi n è pivol mouvant et au galop.

l.es escadrons étant en bataille, se faisant face aux deux extrémités de la carrière, le quatrième peloton du premier escadron rompt par la gauche par un. Les huit premiers cavaliers s'établissent en cercle i droite au centre du terrain , les seize autres s'établissent en cercle à gauche, ayant au centre le premier cercle Les trois premiers pelotons du même escadron rompent par deux et tracent un troisième cercle à main dioile autour des deux autres; le deuxième escadron rompt par deux et complète celte figure en traçant à main gauche un quatrième cercle. Au commandement au galop, les deux cercles extéiieurs prenneot le galop en faisant haut le sabre , le cercle de seize cavaliers prend le trot et celui du centre fait feu du pistolet.

Les deux escadrons, étant en colonne serrée à l'extrémité du terrain , sont attaqués par un escadron de dragons à pied qui envoie un peloton en tirailleurs.

Le premier escadron exécute une charge en fourrageurs et se rallie derrière le deuxième.

Le deuxième escadron exécute une charge en ligne.

Défiler au galop.

plus grande régularité et une précision remarquable, des exercices militaires et équestres aussi compliqués que difficiles.

» Les officiers instructeurs qui avaient été exercés au carrousel ont également exécuté en présence de S. A. R. un travail de haute école, avec une précision qu'il eût été impossible d’obtenir sans l'application des nouveaux principes.

» Le Prince était entouré des officiers de huit régiments de cavalerie et d’une brigade d'infanterie ; mais le deuil de l’armée interdisait toute apparence de fête, et le carrousel, qui n’avait été réorganisé que dans l’intérüt de l’instruction, fut d’autant plus concluant en faveur de la méthode Baucher, que toute pompe et toute prestige avaient été écartés.

» Voilà des faits. Ne dispensent-ils point de tout commentaire? Ne répondent-ils pas suffisamment aux opinions routinières, rebelles aux améliorations et ennemies du progrès? »

LETTRE DE N. DE COLT. COLONEL DU Ier DE HUSSARDS , A H. BAUCHER.

Nancv, le 1# janvier 1843.

* Monsieur,

> En réponse à votre lettre, je m’empre.-se de vous donner connaissance de mon rapport adressé au ministre sur l’application de votre méthode an dressage des chevaux.

> Cette méthode continue à présenter les résultats les plus satisfaisants. I nc classe de jeunes chevaux, commencée le 5 décembre, s’est trouvée au 30 du même mois, c’est-à-dire en vingt-trois leçons, qui n’ont jamais dépassé une heure de travail, tout à fait à même d'être admise à l’école d'escadron. Ces chevaux ont été soumis successivement aux différentes gradations prescrites sans opposer de véritables difficultés, lin seul de la remonte anglaise se refusait au reculer pendant les premières leçons. En peu de jours, la résistance a été vaincue avec un succès complet, et aujourd'hui cet exercice lui est aussi familier que l'action de se porter en avant.

» La promptitude de ce résultat, obtenu en si peu de leçons et à un degré complet d'obéissance, de légèreté et de souplesse, s'explique par

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l’instruction même des cavaliers, aujourd'hui entièrement familiarisés avec les diverses prescriptions de ce travail.

» Mais ces convictions, basées sur une élude impartiale et consciencieuse, ne sauraient être ébranlées par aucune des objections qui ont été soulevées par les adversaires de la méthode. C’est ainsi qu’on a prétendu que les chevaux, une fois passés k l'escadron et abandonnés au service habituel, n’étaient bientôt plus dans les mômes conditions d’instruction. J’ai cherché dans l’expérience quelques preuves de celte assertion et j’ai prescrit d’exercer, six semaines après avoir été admis dans les rangs, de jeunes chevaux qui, pendant le travail d'hiver, ne font autre chose que des promenades journalières en bridon et conduits chaque jour par des cavaliers différents. Ils ont exécuté tout ce qui leur a été demandé en manège civil avec une régularité et une précision remarquables.

• On a écrit que les tortures permanentes avec lesquelles on brise le cheval sont au détriment de la force musculaire, et par cela même de la vitesse.

» Cette objection ne me semble pas plus fondée, et, à mon avis, jamais méthode plus progressive, plus douce, n’a été employée, puisqu’elle trouve une obéissance presque instantanée dans le jeune cheval, naturellement disposé aux défenses, soit par ignorance, soit par peur, soit par méchanceté.

» Loin que la force musculaire s'amoindrisse par les flexions réitérées, ne s’augmente-t-elle pas de tout l’avantage de l’exercice sur le repos, du travail sur la paresse? Le système musculaire ne se développe-t-il pas, physiologiquement parlant, en raison, en proportion de ces mêmes conditions? La gymnastique, cette torture permanente des muscles, n’a-t-ellc pas pour résultat définitif l'adresse, U vigueur? La différence habituelle qui existe entre les forces du bras droit et du bras gauche a-t-elle une autre cause que la différence dans l’emploi journalier de l’un au préjudice de l’autre?

» Uducation prompte, facile, complète pour le cheval; utile pour le cavalier obligé à une justesse dans ses aides sans laquelle les résultats resteraient infructueux ; profitable au Trésor, dont les sacrifices, plus ou moins heureusement employés dans l’achat des chevaux, se trouvent utilisés par une instruction mieux appropriée h toutes les conformations, et essentiellement conservatrice du cheval par ses principes. Ce sont !k, selon moi, les avantages incontestables de la méthode de M. Baucber, dont je deviens plus partisan k mesure que l'expérience m’en fait apprécier l’utilité.

» Agréez, etc.

Signi : de Gotnr,

a Colonel du 1“ de hussards, s

A la suite de ces documents émanés de nos autorités militaires, je crois devoir reproduire la lettre suivante adressée au colonel du 2” lanciers de l'armée belge, par M. Bruyneel, capitaine-instructeur au même corps, qui a passé deux mois à Paris pour étudier ma méthode.

Pari» , 18 septembre 1843.

• Si je ne tenais pas amant, mon colonel, 5 vous donner des renseignements exacts sor la méthode d’un homme dont le mérite réel et reconnu occupe tons les hommes de l’art, je vous eusse écrit plus tôt; mais mon enthousiasme eût faussé mon jugement, et j'aurais raisonné comme un esprit prévenu , tandis que je ne veux vous soumettre que de froides et justes observations. Il est presque impossible de se défendre de quelques penchantsd’amitié pour un homme qui vous traite avec une bienveillance extraordinaire, et qui inet à votre disposition toute la générosité de son talent ; ainsi vous pourrez supposer que je suis trop enchanté d’une méthode nouvelle ; mais les avis que je vais émettre appartiennent aussi à d'autres cavaliers plus distingués que moi; c’est pourquoi je vous prie de faire la part qui revient au maître et h l'élève. Logé vis-h-vis du manège pour perdre le moins de temps possible, mon travail a lieu de six h neuf heures du matin et de nne à quatre heures de relevée. Il faut bien rattraper par un peu plus de travail le temps que M. le ministre de la guerre a jugé convenable de retrancher de ma permission. Deux chcvanx sont h ma disposition pour le dressage. Pour eux, je trouve une heure le matin et nne heure l’après-dlner, et ce qui me reste de temps après est employé h monter de» chevaux faits. M. Baucber appelle une bonne enveloppe cette façon qui consiste h serrer le cheval comme dans un étau , afin de maîtriser davantage sa volonté , d’acquérir plus de solidité, plus de moyens d'action et plus de moyens de tenue. D'après mes progrès , je juge l'excellence de ces principes , mais le travail extraordinaire auquel je suis soumis a presque cassé mes jambes, qui avaient encore bien besoin d'être dressées. Sous la direction d'un pareil maître, chaque pas amène un progrès, tant pour le cavalier que pour le cheval. Il serait impossible de posséder une manière plus claire, plus nette et plus précise, pour expliquer les moindres défenses du cheval et les moyens de les dominer. C'est l’art de l'écuyer dans toute sa perfection : il débute par convaincre l’intelligence ; après le précepte vient r exemple , et H faut bien se rendre à l’évidence. Son système

de dressage est aussi simple que rationnel ; il consiste à s'emparer des forces instinctives du cheval , à les subordonner aux forces transmises par le cavalier, à l'aide d’assouplissements qui détruisent les moyens de résistance et d’opposilion, et h combattre enfin la raideur produite par la mauvaise conformation du cheval. Mais dans l’application de ce système , il faut considérer deux parties bien distinctes : la première consiste à annuler toutes les résistances du cheval par l'assouplissement successif et méthodique de la mâchoire, de l'encolure , des hanches et des reins. A l'aide de ces assouplissements arrive bientôt la mise en main , sans laquelle il n’y a ni bonne position ni légèreté. Le cheval est alors disposé à supporter des effets d’ensemble ; de légères oppositions de mains et de jambes mettent facilement en rapport les forces de l'avant-main et de l’arrière-main , et le cheTal obéit à toutes les impulsions qu'on veut lui donner. Je crois que l'instruction du cheval de troupe doit s'arrêter à cette partie élémentaire de l'art, qui me parait aussi facile daes l'exécution que prompte et admirable dans ses cITets. On ne saurait nier les résultats , et si vous aviez vu , mon colonel, des chevaux d'une encolure contractée , le nez au vent, la tête dans une position horizontale , travailler après trois semaines d'exercices avec régularité il toutes les allures, la tète parfaitement ramenée et d'une extrême légèreté à la main , vous admireriez comme moi l'homme qui , à force d'étude et de patience , a atteint celle maturité de talent. Itl. Baucher a trop de réputation pour ne pas être en butte aux jalousies et à la malveillance. Un amateur, croyant prendre la méthode en défaut, lui amena un cheval dont la structure aurait découragé tout homme moins convaincu que 51. Baucher. L'expérience n'a pas démenti la vérité des priucipes de ce dernier, car, en moins d'un mois , ce cheval , lourd carrossier, musclé comme un buffle , l'encolure massive , la tête forte et pesamment attachée, faible du derrière et d’une grande puissance dans le devant, est devenu cheval de selle ; il est ramené , on le rassemble , il piaffe. Voilà des faits qui sont concluants. Je ne vous parlerai donc pas de tous les chevaux de diverses conformations vicieuses soumis aux leçons ; tous passent sous la direction du maître, entre les mains des élèves, et reçoivent la même instruction.

» La seconde partie de ce système comprend le rassembler. C’est la partie savante de l'équitation , qui livre à la disposition du cavalier toutes les forces du cheval concentrées sur un même point , le centre de gravité. I.a dimension de cette lettre ne me permet pas d’entrer dans de plus amples détails -, mais quand on a vu des chevaux de M. Baucher, montés par lui-même , faire des changements de pied à chaque temps de galop, reculer au trot , reculer au galop, reculer avec temps d’arrêt à chaque foulée.

piaffer régulièrement arec un temps d'arrit immédiat sur trois jambes, la quatrième restant en l’air, exécuter des pirouettes ordinaires sur trois jambes, celle de devant du côté vers lequel on tourne restant en l’air pendant toute la durée du mouvement, etc., on reste étourdi , et l'on se demande s’il est possible de pousser l'équitation à un tel degré de perfection. Cet étonnement est le plus bel éloge que l'on puisse faire du célèbre écuyer, et si vous désirez bien le connaître, je vous prie de lire les saines et véritables doctrines publiées récemment dans un ouvrage que possède M. Retiens. Après tout , ce système aura ses détracteurs ; mais, à la longue, l’évidence triomphe toujours de l’envie et de l'incrédulité. D'après la méthode allemande , le cheval est constamment assis , et cette instruction fatigante ruine les hanches et les jarrets; ,M. Baucher, au contraire , équilibre les forces du cheval. Or, la plus forte objection qu'on lui ai faite jusqu’à ce jour, c’est le reproche de ruiner les chevaux. Je vous le demande, dans l’éducation des jeunes gens, lorsque la nature a développé les formes, n’emploie-t-on pas la gymnastique pour équilibrer les forces et rendre vigoureux les muscles? Les résultats de ce rude exercice furent-ils jamais nuisibles? Ce travail est-il autre maintenant qu’un exercice gymnastique, et les chevaux de M. Baucher, sans la moindre lare, sans molettes, et soumis chaque jour à un travail des plus difficiles, ne parlent-ils pas [dus haut qu’une ridicule objection ?

» M. le duc de Nemours, ainsi que les officiers généraux et supérieurs, revenus du camp de Lunéville , ont été satisfaits des résultats obteuus , en deux mois de temps, sur les jeunes chevaux, par le fils de M. Baucher. Sa méthode, passée à l’état d'ordonnance , est livrée à l'impression. Ceci m'amène naturellement à vous faire observer, mou colonel , qu'on pourrait , si vous le jugez convenable , réserver quelques jeunes chevaux, pour les soumettre, lors de ma rentrée , à la méthode. Cette expérience se faisant sous vos yeux , il vous serait facile de juger de ses avantages et de ses inconvénients. J’ai vu les chevaux de remonte du 3"' lanciers et du 5"' dragons. Ces chevaux sont parvenus en six semaines de temps à une régularité d’exéention qui laisse peu à désirer. M. Baucher et sa méthode n’occupent pas seulement l’attention publique en France et en Belgique; son dernier ouvrage est traduit en hollandais, par le major Van Mcrlen, et les chevaux y sont dressés d'après sa méthode. Plusieurs officiers russes et allemands, un colonel de la garde impériale russe et un écuyer du roi de Wurtemberg ont visité le manège et assisté aux leçons.

• Agréez, etc.

» A. Bkuyneel. »

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