TRAVAIL, ET SELLE
(Ce travail doit se faire en place ; on choisira de préférence un cheval vieux et froid. Les rênes nouées tomberont sur le col.)
Une fois l’élève à cheval, l’instructeur examinera sa position naturelle, afin d’exercer plus fréquemment les parties qui ont de la tendance à l'affaissement ou à la roideur. C’est par le buste que l’instructeur commencera la leçon. Il fera servir à redresser le haut du corps les flexions des reins qui portent la ceinture en avant ; on tiendra pendant quelque temps dans cette position le cavalier dont les reins sont mous, sans avoir égard à la roideur qu’elle entraînera les premières fois. C’est par la force que l'élève arrivera à être liant, et non par l abandon tant et si inutilement re-
commandé. Un mouvement obtenu d’abord par de grands efforts n'en nécessitera plus au bout de quelque temps, parce qu'il y aura adresse, et que, dans ce cas, l’adresse n’est que le résultat des forces combinées et employées à propos. Ce que l’on fait primitivement avec dix kilogrammes de forces se réduit ensuite à sept, à cinq, à deux. L’adresse sera la force réduite à deux kilogrammes. Si l’on commençait par une force moindre, on n’arriverait pas à ce résultat. On renouvellera donc souvent les flexions de reins en laissant parfois l’élève retomber dans son affaissement naturel , afin de lui faire bien saisir l’emploi de force qui donnera promptement une bonne position au buste. Le corps étant bien placé, l’instructeur passera 1° à la leçon du bras, laquelle consiste à le mouvoir dans tous les sens, d’abord ployé et ensuite tendu ; 2° à la leçon de la tète ; celle-ci devra tourner à droite et à gauche sans que ses mouvements réagissent sur les épaules.
Dès que la leçon du buste, des bras et de la tète donnera un résultat satisfaisant, ce qui doit arriver au bout de quatre jours (huit leçons), on passera à celle des jambes.
L’élève éloignera autant que possible des quartiers de la selle l’une des deux cuisses; il la rapprochera ensuite avec un mouvement de rotation de dehors en dedans, afin de la rendre adhérente à la selle par le plus de points de contact possible. L’instructeur veillera à ce que la cuisse ne retombe pas lourdement , elle doit reprendre sa position par un mouvement lentement progressif et sans secousses. Il devra, en outre, pendant la première leçon, prendre la jambe de l’élève et la diriger pour bien faire comprendre la manière d'opérer ce déplacement. Il lui évitera ainsi de la fatigue et obtiendra de plus prompts résultats.
Ce genre d’exercice, très-fatigant dans le principe, nécessite de fréquents repos ; il y aurait inconvénient à pro-
longer la durée du travail au delà des forces de l’élève.
. Les mouvements d'adduction (qui rendent la cuisse adhérente à la selle) et ceux d’abduction (qui l 'éloigné) devenant plus faciles, les cuisses auront acquis un liant qui permettra de les fixer à la selle dans une bonne position. On passera alors à la flexion des jambes.
FLEXIOV DES JAMBES.
L'instructeur veillera à ce que les genoux conservent toujours leur adhérence parfaite avec la selle. Les jambes se mobiliseront comme le pendule d’une horloge , c’est-àdire que l’élève les remontera jusqu’à loucher le trousquin de la selle avec les talons. Ces flexions répétées rendront les jambes promptement souples, liantes et indépendantes des cuisses. On continuera les flexions de jambes et de cuisses pendant quatre jours (huit leçons). Pour rendre chacun de ces mouvements plus correct et plus facile, on y consacrera huit jours (ou quatorze leçons). Les quatorze jours (trente leçons) qui resteront pour compléter le mois continueront à être employés au travail d'assouplissement en place ; seulement, pour que l’élève apprenne à combiner la force de ses bras et celle de ses reins, on lui fera tenir progressivement des poids de cinq à vingt kilogrammes à bras tendu. On commencera cet exercice par la position la moins fatigante, le bras ployé, la main près de l'épaule, et on poussera celle flexion à la plus grande extension du bras. Le buste ne devra pas se ressentir de ce travail et restera maintenu dans la même position.
DES GESODX.
La force de pression des genoux se jugera, et même s’obtiendra à l’aide du moyen que je vais indiquer. Ce moyen,
qui de prime abord semblera peut-être futile , amènera cependant des très-grands résultats. L’instructeur prendra un morceau de cuir de l’épaisseur de cinq millimètres et long do cinquante centimètres; il placera l’une des extrémités de ce cuir entre le genou et le quartier de la selle. L’élève fera usage de la force de ses genoux pour ne pas le laisser glisser, tandis que l’instructeur le tirera lentement et progressivement de son côté. Ce procédé servira de dynamomètre pour juger des progrès de la force. Quelques paroles encourageantes placées à propos stimuleront l’amour-propre de chaque élève.
On veillera avec le plus grand soin à ce que chaque force qui agit séparément n’en mette pas d’autres en jeu, c’està-dire que le mouvement des bras n’influe jamais sur les épaules; il devra en être de même pour les cuisses, par rapport ai! tronc; pour les jambes, par rapport aux cuisses, etc., etc. Le déplacement et l’assouplissement de chaque partie isolée une fois obtenus, on déplacera momentanément le buste et l’assiette, afin d’apprendre au cavalier à se remettre en selle de lui-même. Voici comment on s’y prendra : L’instructeur, placé sur le côté, poussera l’élève par la hanche, de manière à ce que son assiette se trouve portée en dehors du siège de la selle. Avant d’opérer un nouveau déplacement, l’instructeur laissera l'élève se remettre en selle, en ayant soin de veiller à ce que, pour reprendre son assiette, il ne fasse usage que des hanches et des genoux, afin de ne se servir que des parties les plus rapprochées de l’assiette. En effet, le secours des épaules influerait bientôt sur la main, et celle-ci sur le cheval; le secours des jambes pourrait avoir de plus graves inconvénients encore. En un mot, dans tous les déplacements, on enseignera à l'élève à ne pas avoir recours, pour diriger, aux forces qui maintiennent à cheval, et vice versa, à ne pas employer, pour s’y maintenir, celles qui dirigent.
Ce point de l’éducation étant atteint, un mois ne se sera pas écoulé depuis le jour où aura été hissé en selle un lourd conscrit normand ou bas-breton, et déjà, à l’aide d’une gymnastique équestre justement combinée et employée à propos, on aura développé les organisations physiques les plus contraires à l’arme à laquelle elles étaient destinées.
L’élève ayant franchi les épreuves préliminaires, attendra avec impatience les premiers mouvements du cheval pour s'y livrer avec l’aisance d’un cavalier déjà expérimenté.
Quinze jours (trente leçons) seront consacrés au pas, au trot et même au galop. Ici l’élève doit uniquement chercher à suivre les mouvements du cheval ; en conséquence, l'instructeur l’obligera à ne s’occuper que de sa position et non des moyens de direction à donner au cheval. On exigera seulement que le cavalier marche d'abord droit devant lui, puis en tous sens, une rêne de bridon dans chaque main. Au bout de quatre jours (huit leçons), on pourra lui faire prendre la bride dans la main gauche. On s’attachera à ce que la main droite, qui se trouve libre, reste à côté de la gauche, afin que le cavalier prenne de bonne heure l’habitude d'être placé carrément (les épaules sur la même ligne); le cheval trottera également à droite et à gauche. Lorsque l’assiette sera bien consolidée à toutes les allures, l’instructeur expliquera d’une manière simple les rapports qui existent entre les poignets et les jambes, ainsi que leurs effets séparés (1).