SUITE DES ASSOUPLISSEMENTS
AMUÈRE-MARi.
Le cavalier, pour diriger le cheval, agit directement sur deux de ses parties : l' avant-main et l’arrière-main. 11 emploie à cet effet’ deux moteurs : les jambes, qui donnent l'impulsion par la croupe , les mains, qui dirigent et modifient cette impulsion par la tète et l’encolure. Un parfait rapport de forces doit donc exister toujours entre ces deux puissances motrices, mais la même harmonie n’est pas moins nécessaire entre les parties de l'animal qu’ elles sont particulièrement destinées à impressionner. En vain se sera-t-on efforcé de rendre la tète et l’encolure flexibles, légères, obéissantes au contact de la main, les résultats seront incomplets, l'ensemble et l’équilibre imparfaits, tant que la croupe restera lourde, contractée, rebelle à l'agent direct qui doit la gouverner.
Je viens d'expliquer par quelle sorte de procédés simples et faciles on donnera à l’a van -main les qualités indispensables pour obtenir une bonne direction; il me reste à dire comment on façonnera de même l'arrière-main pour com-
pléter l’assouplissement du cheval, et ramener l’ensemble et l'harmonie dans le développement de tous ses ressorts. Les résistances de l’encolure et celles de la croupe se soutenant mutuellement, notre travail deviendra plus facile, puisque nous avons déjà annulé les premières.
FLEXIONS ET MOBILISATIONS DE LA CROl'PE.
1° Le cavalier tiendra les rênes de la bride dans la main gauche, et celles du bridou croisées l’une sur l'autre dans la main droite, les ongles en dessous; il ramènera d’abord la tête du cheval dans sa position perpendiculaire par un léger appui du mors; puis, s’il veut exécuter le mouvement à droite, il portera la jambe gauche en arrière des sangles et la fixera près du flanc de l'animal jusqu’à ce que la croupe cède à sa pression. Le cavalier fera sentir en même temps la rêne du bridon du même côté que la jambe, en proportionnant son effet à la résistance qui lui sera opposée. De ces deux forces imprimées ainsi par la rêne gauche et la jambe du même côté, la première est destinée à combattre les résistances, et la seconde à déterminer le mouvement. Ou se contentera dans le principe de faire exécuter à la croupe un ou deux pas de côté seulement. [Planche 13.)
2“ La croupe ayant acquis plus de facilité de mobilisation, on pourra continuer le mouvement de manière à compléter à droite et à gauche des pirouettes renversées. Aussitôt que les hanches céderont à la pression de la jambe, le cavalier, pour arriver à l'équilibre parfait du cheval, fera sentir immédiatement la rêne opposée à cette jambe. Son effet, léger d’abord, sera augmenté progressivement jusqu a
ce que la tête soit inclinée du côté vers lequel marche la croupe, et comme pour la voir venir. ( Planche 14.)
Pour faire bien comprendre ce mouvement, j’ajouterai quelques explications d'autant plus importantes qu elles sont applicables à tous les exercices de 1 équitation.
Le cheval, dans tous ses mouvements, ne peut conserver un parfait et constant équilibre sans une combinaison des forces opposées, habilement ménagée par le cavalier. Dans la pirouette renversée, par exemple, si, lorsque le cheval a cédé à la pression de la jambe, on continue à opposer la rêne du même côté que cette jambe, il est évident qu’on dépassera le but, puisqu’on fera lisage d’une force devenue inutile. Il faut donc établir deux moteurs dont l'effet se balance sans se contrarier; c’est ce que produira dans la pirouette la tension de la rêne opposée à la jambe. Ainsi on débutera par la rêne et la jambe du même côté, jusqu’à ce qu’il soit temps de passer à la seconde partie du travail, puis avec la bride tenue dans la main gauche, enfin, avec la rêne du bridon opposée à la jambe. Les forces se trouveront alors maintenues dans une position diagonale, et, par suite, 1 équilibre sera naturel, et l’exécution du mouvement facile. La tête du cheval, iuclinée vers le côté où se dirige la croupe, ajoute beaucoup au gracieux du travail, et donne au cavalier plus de facilité pour régler l'activité des hanches et maintenir les épaules en place. Le tact seul pourra, du reste, lui indiquer l’usage qu’il doit faire de la jambe et de la rêne, de manière à ce que leurs effets se soutiennent mutuellement sans jamais se contrarier.
Je n’ai pas besoin de rappeler que pendant toute la durée de ce travail, comme toujours, du reste, l’encolure doit demeurer souple et légère, la tête ramenée et la mâchoire mobile. Tandis que la main de la bride les maintient dans celle bonne position, la main droite, à l'aide du
bridou, combat les résistances latérales et détermine les inclinaisons diverses, jusqu'à ce que le cheval soit assez bien dressé pour obéir à une simple pression du mors. Si, en combattant la contraction de lacroupe, nous permettions au cheval d’en rejeter la roideur sur l'avant-main, nos efforts seraient vains et le fruit de nos premiers travaux perdu. Nous faciliterons au contraire l’assujétissement de l’arrière-main en conservant les avantages que nous avons déjà acquis sur l avant main, et en forçant à rester isolées les contractions que nous avons encore à combattre.
La jambe du cavalier opposée à celle qui détermine la rotation de la croupe ne doit pas demeurer éloignée durant le mouvement, mais rester près du cheval et le contenir en place, en donnant d’arrière en avant une impulsion, que l’autre jambe communique de droite à gauche ou de gauche à droite. Il y aura aussi une force qui maintiendra le cheval en position, et une autre qui déterminera la rotation. Pour que la pression des deux jambes ne se contrarie pas, et pour arriver de suite à s’en servir avec ensemble, on placera la jambe chargée de chasser la croupe plus en arrière des sangles que l’autre qui restera soutenue avec une force égale à celle de la jambe déterminante. Alors l’action des jambes sera distincte ; l’une portera de droite à gauche et l’autre d'arrière en avant. C'est à l'aide de cette dernière que la main place et fixe les jambes de devant.
Avant d’ accélérer les résultats, on pourra dans le commencement s’adjoindre un second cavalier qui se placera à la hauteur de la tète du cheval, tenant les rênes de la bride dans la main droite et du côté opposé à celui où se portera la croupe. Celui-ci saisira les rênes à seize centimètres des branches du mors, afin d’être bien à même de combattre les résistances instinctives de l’animal. L’écuyer qui est en selle se contentera alors de soutenir légère-
vr
ment les rênes du bridon, en agissant avec les jambes comme je viens de l'indiquer. Le second cavalier n’est utile que lorsqu’on a affaire à un cheval d’un naturel irritable, ou pour seconder l’inexpérience du cavalier en selle; mais il faut autant que possible se passer d'aide, afin que le praticien juge par lui-même des progrès de son cheval, tout en cherchant les moyens d'augmenter ses effets de tact.
Bien que ce travail soit élémentaire , il conduira néanmoins le cheval à exécuter facilement au pas tous les airs de manège de deux pistes. Après huit jours d’un exercice modéré, on accomplira ainsi, sans efforts, un travail que l’ancienne école n’osait essayer qu après deux ou trois ans d’étude et de tâtonnements.
Lorsque le cavalier aura habitué la croupe du cheval à céder promptement à la pression des jambes, il sera maître de la mobiliser ou de l’immobiliser à volonté, et pourra, par conséquent, exécuter les pirouettes ordinaires. 11 prendra à cet effet une rêne du bridon dans chaque main; l'une servira à déterminer l'encolure et les épaules du côté où l’on voudra opérer la conversion, l'autre à seconder la jambe opposée, si elle était insuffisante pour contenir la croupe en place. Dans le principe, cette jambe devra être placée le plus en arrière possible, et n’exercer son contact qu’autant que les hanches se porteraient sur elle. Une progression bien ménagée amènera de prompts résultats; on se contentera donc, en débutant, de quelques pas bien exécutés pour l’arrêter par un effet d’ensemble, puis rendre immédiatement au cheval, ce qui suppose cinq ou six temps d’arrêt durant la rotation complète des épaules autour de la croupe. Si ce travail est exécuté avec lenteur et ménagements, si la légèreté accompagne tous les mouvements, je garantis des résultats surprenants. Tous mes élèves livrés «à eux-mêmes, ou les personnes qui pratiquent
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à l’aide du livre seulement, éprouvent souvent des échecs ou des retards dans l'éducation de leurs chevaux, cela provient de ce que l’on passe souvent trop vite d’un exercice à un autre. Aller lentement pour aller vite, voilà le grand précepte, et s’il est mis en pratique avec intelligence, il donnera des résultats infaillibles.
Ici se terminera le travail en place ; je vais expliquer comment on complétera l’assouplissement de l’arrièremain, tout en commençant à combiner le jeu de ses ressorts avec ceux de la partie antérieure.