PRÉFACE. XI
la preuve en est bien claire, puisqu'étant Descartes il est impossible que je n'aie pas plus de deux cents ans.
LE CARTÉSIEN
Quelle obstination ! consultez tous les autres hommes , ils vous assureront comme moi que vous n'êtes point Descartes.
LE FOU
Les hommes se trompent sur tant de choses , qu'ils pourroient bien encore se tromper sur celle-là. a Au reste j'avoue- » rois , en ce cas , que vous argumentez » très bien de l'autorité ; mais vous de- » vriez vous souvenir que vous parlez à un » esprit tellement dégagé des choses corpo- » relies , qu'il ne sait pas même si jamais il » y eut des hommes avant lui , et qui par- » tant ne s'émeut pas beaucoup de leur auto- » rite (1). »
(i) In quo fateor te recte ab aucloritate argumentari; scd meminisse debuisses, ô caro, te hic ajfari mentem a rcbus corporels sic abductam , ut ncquidem sciât tiîlos unquam homines anle se eœtitisse^ nec proinde ipsorum auctoritale mo-
XII PUËFACE.
LE CARTÉSIEN
Reconnoissez au moins celle de la raison.
LE FOU
C'est à celle-là que je vous rappelle moimême; je la prends pour juge entre nous. Dites - moi donc , croyez - vous que vous existez ?
LE CARTÉSIEN
Étrange question! sans doute je crois à mon existence : mais quel rapport a mon existence avec votre prétention d'être Descartes?
LE FOU
Vous verrez tout à l'heurç ; répondez seulement : Sur qu'elle preuve croyez-vous à votre existence? Comment en êtes- vous certain?
LE CARTÉSIEN
Parce que quand je dis, je suis, j'existe.
veatur. R, Descaries, Méditât, de prima philosophia-, responsiones quintae, p. 63. Âmstelod. 1663.