GUILLAUME DES BARRES, LE MOINE, AGNÈS
MARGUERITE
AGNES
Oh! j'ai tout entendu, Guillaume I fuyons vite!
— Les apprêts du départ?
GUILLAUME
Ils sont faits.
AGNES, appelant Marguerite.
Marguerite !
Entre Marguerite.
Quand le roi reviendra, remets-lui ce billet; Dis-lui... Non, ne dis rien, sinon qu'il le fallait. Comme il va m'accuser alors ! — pensée amère !
— Écoute : mes enfants seront bientôt sans mère ; Au nom de l'amitié, promets-moi que du moins Tu leur remplaceras mon amour par tes soins ; Donne-leur tes baisers, et, d'un son de voix tendre. Imite mon bonjour qu'ils ne vont plus entendre; Joue avec les jouets de l'un; sur tes genoux,
A ma petite Agnès fais un sommeil plus doux.
Pour m' être tout à fait bonne et compatissante, Parle au roi quelquefois de son épouse absente.
— Tu veux bien?
MARGUERITE, plearant.
Ah ! madame ! ah ! chère dame !
AGNÈS
Hélas!
Nous n'avions pas prévu cette fin, n'est-ce pas?
— Que les temps sont divers, où tu m'auras connue! Que n'ai-je pas été I que suis-je devenue !
MARGUERITE
Je veux être avec vous, madame; emmenez-moi.
AGNES
Et qui donc soignerait mes enfants, sinon toi? Promets-leur une mère.
MARGUERITE
Oh ! vous pouvez m'en croire :
Cette maternité sera ma seule gloire.
AGNÈS
Non , je n'accepte pas ce dévoûment entier.
Sois femme, comme moi, d'un noble chevalier; De beaux enfants connais, comme moi, la richesse; Mais entre eux et les miens partage ta tendresse. Plus heureuse que moi, puisses-tu conserver Tout cet enchantement qu'on vient de m'enlever!
— Vous, Guillaume, c'est vous en qui plus tard j'espère Pour exciter mon fils aux vertus de son père ;
A la lance des preux habituez sa main ; Quand il faudra l'armer, servez-lui de parrain. Ah 1 je ne verrai pas la belle mine fière Qu'il aura, ce jour-là, sous sa robe guerrière!
— Us sont là, tous les deux, le frère avec la sœur; Que je les presse encore une fois sur mon cœur !
Bile fait un pas, puis s'arrête.