‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 105 sur 220 · ACTE QUATRIÈME. S · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. S

De tous les envieux qu'indigne votre gloire,

Si, par de fiers débuts, vous n'aviez préludé

Qu'à la piteuse fin d'un roi dépossédé.

Ne faites pas pitié, vous qui vous fîtes craindre;

Que la haine n'ait pas la douceur de vous plaindre.

Permettez-moi de fuir, sitôt le soir venu ;

Et faisons voir, tous deux, un courage inconnu.

Moi, me sacrifiant à mon amour, — vous, sire,

Sachant sacrifier votre amour à l'empire.

PHILIPPE

Périsse mon empire, avïtnt d'être acheté Par cette ignominie et cette lâcheté !

Que moi, Philippe-Auguste, à qui tu t'es fiée, Je souflre que jamais tu sois sacrifiée !

Qu'à ce moine brouillon et ce peuple mutin De mes chères amours je livre le butin !

Que tu sois la rançon qui palra ma couronne ! Que je me sauve seul, et que je t'abandonne !

— Ames des chevaliers! saint Georges, leur patron! Que diriez-vous de voir à mon pied l'éperon !

« Honni soit , crlriez-vous , le chevalier infâme ,

Qui ne tient son salut que des pleurs d'une femme ! »

AGNÈS

Ah ! je l'avais prévu ! c'est ce que je craignais !

PHILIPPE

Tu m'aimes, et tu veux que je te quitte, Agnès!

— Ohl non.

AGNES

Je veux partir.

PHILIPPE

Fais comme bon te semble ; Mais sache auparavant que nous partons ensemble.

AGNES

Comment !

PHILIPPE

Pars, et je pars; je t'en donne ma foi.

Je ne veux pas régner, s'il faut régner sans toi ; Et, quant à mes sujets, puisqu'un roi leur échappe, S'ils en veulent un autre , eh 1 qu'ils prennent le pape !

AGNES

Philippe I

PHILIPPE

Laisse-moi parler à mes^barons; Selon qu'ils vont agir, nous nous déciderons. Ou Rome , avant un mois , aura de mes nouvelles ; Ou , seul , répudié par des vassaux rebelles , Déposé par un moine, on me verra plutôt M' exiler avec toi que te faire défaut.

— Rome n'y perdra rien ! Je voue à la vengeance Toute l'activité de mon intelligence.

Je verrais ma couronne au front d'un étranger, Que je serais content, si je puis me venger.

Enfin, je ne sais pas , tant cette haine est forte I Si l'amour dans mon cœur ou la haine l'emporte.

— Arrière , anciens projets I vieilles ambitions I Conquêtes, monuments, et législations!

Je recommence à vivre , et suis un nouvel homme : Dans le monde désert, je ne vois plus que Rome; C'est Rome qui m'appelle, et c'est par ses débris Que passe le chemin qui ramène à Paris.

AGNÈS

Heureux sultan, qui n'as point de saint-père!

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