SCÈNE V
Les Mêmes, CHARLOTTE, entrant par la droite.
MADAME DE BRETTEVILLE
Tu reviens plus tard qu'à l'ordinaire, Charlotte; — il ne t'est rien arrivé?
CHARLOTTE
Non, ma mère.
MADAME DE BRETTEVILLE
Le soir nous parait long, quand nous ne t'avons pas.
Bile lui montre la table de jeu.
— Tiens : voilà des joueurs qui t'attendent là-bas.
CHARLOTTE
Oui, j'y vais; mais, avant de songer à vos hôtes. Permettez qu'envers vous je répare mes fautes.
Bile va chercher un mantelet dont elle couvre les épaules de sa tunte. — Bile s'agenouille devant sa tante, et lui glisse un coussin sous les pieds.
Croisez ce mantelet. — Vos pieds sur ce coussin.
— Après un jour d'été, l'air du soir est malsain.
— Comment vous trouvez-vous aujourd'hui?
MADAME DE BRETTEVILLE
Bien, ma fille.
Mais regarde-moi donc! — Dieu! comme ton œil brille!
Elle lui prend les mains.
— Tes mains sont chaudes!
Non...
MADAME DE BRETTEVILLE
Ton visage est vermeil !
Qu'as-tu donc?
CHARLOTTE, so relevant et s'éloignant un peu.
Ce n'est rien. — La marche... le soleil...
MADAME DE BRETTEVILLE
Tu te fatigues trop, mon enfant; tu t'exposes
Trop souvent au soleil qui brûlera tes roses;
Et ce serait dommage. — Eh bien, a-t-on fauché?
CHARLOTTE
Oui, ma tante, et déjà nous sommes en marché; J'ai presque tout vendu.
MADAME DE BRETTEVILLE
Bon! c'est une ressource.
Nous a\oiis grand besoin de grossir notre bourse.
— Où vas-tu?
CHARLOTTE
Préparer votre boisson du soir.
Elle sort par la gauche.
MADAME DE BRETTEVILLE, au vieux gentilhomme.
Comment la trouvez-vous?
LE VIEUX GENTILHOMME
C'est un ange !
MADAME DE BRETTEVILLE
Il faut voir!