‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 158 sur 220 · ACTE TROISlkMli · texte numérisé non relu

ACTE TROISlkMli

De ces événements, en trois ans accomplis, Dont seraient illustrés trois siècles bien remplis; Répétez-moi comment tout un pays s'enflamme; Comment un peuple entier semble n'avoir qu'une âme : Comment on s'alTranchit ; dites par quels moyens De manants méprisés on fait des citoyens , Et de ces citoyens , troupe mal aguerrie , D'intrépides soldats, sauveurs de la patrie; Dites, dites comment les droits humains perdus. Après plus de mille ans, nous ont été rendus; Rappelez nos dangere, nos combats, nos victoires; Enorgueillissez-moi du récit de nos gloires ! — Non, tu n'es pas flétrie, ô sainte liberté. Par les crimes commis sous ton nom emprunté ! S'il est une belle œuvre, elle est toute la tienne; Mais les iniquités n'ont rien qui t'appartienne; Elles sont à ceux-là dont les esprits pervers A tes pures clartés ne se sont pas ouverts; Eux punis, nous pourrons faire admirer au monde La mère des vertus, la liberté féconde.

nARBAROUX.

jeune enthousiaste !

CHARLOTTE

Et qui donc pourrait voir Ce spectacle émouvant et ne pas s'émouvoir!

BARBAROUX

Moi, je n'ai que trop vu ces effroyables scènes: J'ai vécu trop longtemps au milieu de ces haines. Héritiers des progrès et non pas des douleurs, Nos fils applaudiront au fruit de nos malheurs; Mais nous avons besoin pour pai*donner aux hommes, Nous, témoins des forfaits, d'oublier où nous sommes.

Ah ! le Iraiiquille aspect d'un vallon où descend , Après un jour d'été, l'ombre du soir croissant, Et là , parmi les prés et les herbes fauchées Qu'entasse le râteau des faneuses penchées.

Une jeune inconnue, un livre dans la main , A qui des voyageurs demandent leur chemin, Charlotte , voilà le souvenir que j'aime , Et j'en veux savourer la douceur en moi-même, Inattentif au bruit d'une foule sans mœurs , Folle dans ses amours, folle dans ses clameurs.

CHARLOTTE

Eh quoi! c'est quand il faut redoubler d'énergie, Que Barbaroux soupire une molle élégie !

Mais votre cœur, tout plein de sa fière vertu ,

D'un plus doux sentiment n'a-t-il jamais battu?

Ah! s'il en est ainsi, soyez deux fois infâmes.

Guerres qui ravagez le cœur des jeunes femmes!

— Quoi I n'écoutez-vous donc que leur écho maudit ?

Le silence des soirs ne vous a-t-il rien dit ,

Et la sérénité des nuits mélancoliques

Vous fait-elle songer aux querelles publiques?

Dans l'infini des cieux ne poursuivez-vous pas

Quelque rêve étranger au destin des États ,

Un rêve qui sied bien à toute jeune fille :

La joie intérieure au sein de la famille ,

L'appui d'un protecteur qu'il est doux de nommer.

Et le bonheur enfm d'être aimée et d'aimer?

CHARLOTTE

Oh! si; j'ai fait souvent les rêves que vous dites;

J'en ai souvent peuplé l'espace sans limites.

Je suis femme , et n'ai pas cet orgueil mensonger

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