‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 20 sur 220 · ACTE DEUXIÈME. T · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. T

Ah! je gouvernerai !... Tarrét du sort est clair; Et puis je sens monter un orage dans Tair.

Tarquin veut tout soumettre au niveau qu'il promène; Il courbe avec effort la noblesse romaine , Et, si quelques sommets tendent à s'exhausser, Il abat chaque front qu'il ne peut abaisser.

Telle envers le sénat parut sa politique , Quand, ce corps invoquant son privilège antique, L'usurpateur jaloux fit taire ses griefs En le décapitant de ses plus nobles chefs.

/Mais contre lui s'amasse une colère sombre.

Sous la soumission la haine crott à l'ombre , Et, quoiqu'on obéisse enfin sans murmurer.

Qui ne murmure plus est près de conspirer.

— Oui, Lucrèce a dit vrai, quelque chose s'apprête; Vienne une occasion , vienne un homme à leur tête , Et les patriciens , mal fléchis par les rois , Sauront se redresser pour ressaisir leurs droits.

— Et cet homme, c'est moi, qu'attend l'honneur suprême De venger mon pays, et mon père, et moi-même. D'affranchir l'avenir, de punir le passé ,

Et de glorifier mon surnom d'insensé !

— Patience I les jours n'ont pas atteint leur borne ; On n'est pas furieux encore, on n'est que morne. C'est un calme inquiet, semblable à cette horreur Qui de Téther tonnant précède la fureur.

La menace des cieux attend qu'un vent l'allume. Sommeillez jusque-là, foudres, sur mon enclume 1 Noble sang des aïeux, qui me gonfles le cou.

Redescends indigné dans les veines du fou I

— Et toi, Rome que j'aime et que souvent j'invoque j Rome, à qui je médite une fameuse époque.

76 LUCRÈCE

Rome , à qui je pi-oinets , si j'arrive au pouvoir, Des grandeurs que tes rois n'oseraient concevoir! Quand il sera besoin , à tes destins prospères J'offrirai tout le sang que je tiens de mes pères; J'offre ma patience en attendant. Reçois Cette libation des affronts que je bois.

— D'ailleurs, je suis plus fort contre le vieil outrage. Aux pleurs de la pitié j'ai trempé mon courage ; Cette source, nouvelle à mon front étonné, A lavé sa souillure et l'a rasséréné.

Je m'apprivoise au lit de fange où je me vautre, Je ne vois mes affronts que comme ceux d'un autre , Et j'ai besoin tantôt, non pas de me dompter. Mais de me battre exprès les flancs pour m'irriter. Olî ! qu'un mot bienveillant apaise de colère Au cœur d'un malheureux !

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