ACTE DEUXIÈME
Athènes , récemment , en offrit un exemple :
Hipparque, autre Tarquin, fut frappé dans un temple. Quinze ans il opprima ; quinze ans on le souffrit ;
— 11 outrage une femme, et, ce jour, il périt.
VALÈBE.
Mais quand en viendront -ils à ce point?
BRUTK.
Laisse faire:
L'impunité les pousse, et c'est en quoi j'espère. Un premier attentat, couronné du succès, Est un chemin frayé vers les derniers excès.
VALÈRE
Et voilà le hasard où ton espoir se fonde !
D'un caprice dépend ta sagesse profonde !
Dans l'ombre de vingt ans un projet médité , Tu le f Irais au sort plus qu'à ta volonté !
Et si l'occasion ne nous est plus offerte?
Et si tout est trahi par une découverte?
— As-tu bien réfléchi?
BRUTE
J'ai bien balancé tout.
VALKRE.
Et ton dernier avis?
BRUTE
Est d'aller jusqu'au bout.
Mieux j'ai mûri mon plan, plus je dois être ferme A ne le pas risquer en en pressant le terme.
VALERE
Ainsi, ton père mort...
BRUTE
Plus tard sera vengé.
80 LUCRÈCE
YALÈRE.
Tes affronts...
BRUTE
Je suis fait au rôle d'outragé.
YALERE.
Et tous nos partisans dont j'excitai le zèle , Gomment de ce retard prendront-ils la nouvelle ? Que leur dirai -je, alors qu'ils me demanderont Pourquoi mon bras est lent, quand mon langage est prompt?
BRUTE
Tu leur diras : C'est peu de songer à détruire ,
Si l'on ne songe encor comme on veut reconstruire ;
Et le ressentiment n'opère qu'à demi,
S'il ne sert une cause en frappant l'ennemi.
Or, les Tarquins chassés, qui mettra-t-on en place?
Sera-ce le sénat, ou bien la populace?
Ou, si l'on veut tenter l'essai d'un autre roi,
Quel sera cet élu?
YALÈRE.
Brute, ce sera toi.
BRUTE
Une autre ambition que celle-là me guide :
Je veux le bien de Rome, et je le veux solide. Connais mieux mes projets. Jusqu'ici, l'entretien Roula sur la vengeance et le choix du moyen ; Il est temps aujourd'hui que chacun de nous sache, Par delà les combats, quelle sera sa tâche.
— Valère, si mon vœu doit prévaloir, ni moi, Ni personne jamais ne se nommera roi.
Tarquin fut un tyran ; un autre pourrait l'être. Rome, telle qu'elle est, n'a plus besoin d'un maître. Quand, faible et menacée, il fallait qu'au début