‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 45 sur 220 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

A-t-on vu CoUatin? Parle-t-on de combats?

Combien vont à la guerre et n'en reviennent pas ! Quand donc Janus fermé, qui repeuple les villes, Rendra- 1 -il leurs époux aux épouses tranquilles?

LA NOURRICE

Pourquoi vous alarmer? Croyez -moi, chère enfant.

Vous reverrez bientôt Collatin triomphant.

Il reviendra, chargé d'une opulente proie

Qui fera vivre ici l'abondance et la joie.

Romulus le protège; et d'ailleurs les combats.

Peu dangereux aux chefs, ne le sont qu'aux soldats.

Ah! cet espoir est bon quand le' chef est un lâche; Mais Collatin n'est pas un homme qui se cache , Et, de son déshonneur se faisant un rempart, Abrite au dernier rang son prudent étendard.

Il est chef pour se battre à la place première ; A lui, plus qu'au soldat, la guerre est meurtrière; Et moi-même, après tout, j'aimerais mieux le voir Noblement mort , qu'en vie et traître à son devoir.

— Hélas! c'est ce qui fait mon orgueil et ma crainte. De noirs pressentiments je me sens l'âme atteinte ; Des présages affreux viennent m'épouvanter.

— Nourrice, écoute bien, je vais tout te, conter.

LA NOURRICE

Dites, ma chère enfant. Jamais ceux qui sont sages Ne doivent, en effet, mépriser les présages.

LUCRÈCE

Hier, toute la nuit, une chienne a hurlé.

LA NOURRICE

C'est un signe de mort.

MO LUCRÈCE

LUCRÈCE

Et les vents ont sifflé, Et leurs funèbres voix, se traînant par la plaine,

Gémissaient, par moment, comme une voix humaine.

LA NOURRICE

C'est un signe de deuil.

LUCRÈCE

Et, quoiqu'en plein hiver, Dans le ciel a passé la rougeur d'un éclair.

LA NOURRICE

C'est un signe de sang.

LUCRÈCE

Signe trop manifeste!

Je recevrai bientôt un message funeste.

LA NOURRICE

iNon, non, pour Collatin vous craignez sans sujet. Présente est la menace et présent son objet.

— Nous protègent les dieux! Ici, c'est ici même Que sur quelqu'un de nous plane l'heure suprême.

LUCRÈCE

Ce matin , je sortais de ma chambre , et soudain La porte que j'ouvrais, me repoussant la main| Sans que par aucun vent elle parût chassée , S'est fermée; et j'en fus au pied gauche blessée.

LA NOURRICE

Évitez de sortir. Ce choc doit présager

Que c'est par le dehors que viendra le danger.

LUCRÈCE

Ah ! pour fuir le danger, il n'est point de retraite ; Il pénètre avec nous dans la maison secrète.

— Écoute encor. J'ai fait un songe cette nuit. Sinistre, et dont l'horreur profonde me poursuit.

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