‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 47 sur 220 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Une pique d'airain, avec un aigle d*or,

Qui menaçait le sud, Test, l'ouest et le nord.

— Enfin je m'éveillai, si pleine de ce rêve, Que je croyais sentir le froid aigu du glaive, Qu'à présent même , encor, je crois que je le sens.

— Nourrice, eh bien, peux -tu m'en expliquer le sens?

LA NOURRICE

Avant que je réponde, il faut que je médite.

Cependant — le travail n'en ira pas moins vite; Le chant sied au travail ; — je voudrais essayer Si quelque douce voix vous saurait égayer.

S'adressant A Laodice.

jeune esclave, née au bord de l'Ionie, A qui la muse grecque a donné l'harmonie, Chantez vos anciens chants sur le mode latin , Tandis que je poursuis les secrets du Destin.

LÂODICE, se levant, et prenant une lyro pendue A la muraille.

a Des hommes et des dieux monarque taciturne,

Le Sommeil fait couler la liqueur de son urne ,

Et la molle langueur, aux charmes pénétrants ,

Chasse des cœurs mortels les soucis dévorants.

C'est l'heure où sur les monts, ceints de forêts bruyantes.

Sortent de leurs abris les biches confiantes ;

Elles ne craignent plus que la vierge des bois

Les poursuive des traits dont sonne son carquois;

Car, bel Endymion, aux monts de Thessalie,

C'est toi qui tiens Diane et ses traits qu'elle oublie.

— Suave est le sommeil qui succède à l'effort; Mais ce fils de la nuit est frère de la mort.

Plus d'un, qui s'endormit au milieu d'un sourire. Ne se réveillera que dans le sombre empire ; Il ne reverra plus ni le jour radieux,

444 LUCRÈCE

Ni son plus cher ami qui n*eut pas ses adieux. •• »

LA NOURRICE

Malheureuse, t£ds-toi! Ton chant est plein d'alarmes.

l'esclave.

Hélas I je projetais des paroles sans larmes ; Mab ma langue se meut sous un fatal pouvoir.

LUCRÈCE

Indices effrayants I que faites- vous prévoir?

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