ACTE CINQUIÈME
VALERE
destinée aiïreuse!
BRUTE
De la plus noble femme et la plus malheureuse. — Apprenez que chez elle, un homipe, cette nuit. Un nocturne larron, comme un hôte introduit, A, répée à la main, la menace à la bouche.
Honteusement pillé la pudeur de sa couche.
JI Fa déshonorée à main armée.
CITOYENS
Horreur!
BRUTE
Elle n*a pas voulu vivre plus que l'honneur, Et, ce matin, fiant sa vengeance à la nôtre.
Elle a puni sur soi l'indignité d'un autre.
LUCRÉTIUS
Ma fille !
BRUTE
Voulez -VOUS connaître l'assassin?
CITOYENS, avec fureur et en «'avançant vers Brute.
Oui! ouiJ son nom?
BRUTE
Sextus, le fils du roi Tarquin.
Silence.
•Oui , fils du roi Tarquin. — Par un coup aussi traître Le fils du roi Tarquin se fait assez connaître. Tarquin l'empoisonneur, Tarquin l'incestueux, Tarquin le parricide eût semblé monstrueux, S'il n'eût produit un fils qui le laisse en arrière; Sextus, du premier coup, a dépassé son père.
Le droit du sang, le droit de l'hospitalité Que les barbares même ont toujours respecté ,
m LUCRÈCE.
L'honneur d'un nom intact, cette autre forteresse, N'ont pas contre Sextus pu défendre Lucrèce !
— Lucrèce 1 ta vertu nous montre le chemin.
Toi seule , tu fis voir un cœur vraiment romain ;
Tu t'affranchis du joug; et, lâches que nous sommes,
Nous le subissons , nous qui nous disons des hommes !
Au lieu de décider ou la guerre ou la paix ,
Vous sciez des troncs d'arbre et vous portez des faix !
vieux guerriers! vos bras couverts de cicatrices
S'usent à remuer d'ignobles immondices!
Car des soldats romains, de ces vaillants soldats
Qui , tout autour de Rome , ont conquis des États ,
Les Tarquins, ô pudeur! de ces hommes de guerre
Ont fait des balayeurs et des tailleurs de pierre !
— Vengez -vous! vengez -nous! vengez l'assassinat! Nous aurons avec nous le peuple et le sénat ;
Nous aurons les soldats qui n'attendent qu'un signe : Nous aurons tous les dieux que le forfait indigne. Il ne faut que vouloir. — Eh bien, que voulez- vous? Choisissez, citoyens, entre Tarquin et nous!
VALÈRE
Non , non , plus de Tarquins ! Meure la tyrannie ! Disparaisse Tarquin et sa race bannie !
BRUTE
Disparaisse à jamais, coupable d'un tyran.
Le trône où peut s'asseoir un crime encor plus gi-and !
Disparaisse à jamais, et Tarquin , et la place
Où des tvrans nouveaux retrouveraient sa trace !
Un mossager entre en perçant la foule.
LE MESSAGER, prenant Brute à part.
Brute, TuUie est morte. Elle-même, d'un fer Que j'ai vu dans son flanc , s'est immolée hier.