‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 66 sur 220 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Jamais , par si traltreuse et lâche barbarie , Chevalier n'a fait honte à la chevalerie ; Et moi, satisfaisant au cri de l'univers, J'ai cité l'assassin devant les douze pairs.

AGNES

Sire, vous pouvez donc juger les rois eux-mômcs? Je croyais que les rois étaient maîtres suprêmes.

PHILIPPE

Oh ! dans son Angleterre il peut faire le roi ; Mais, pour sa Normandie, il relève de moi, Et, comme mon vassal, et malgré sa couronne, 11 doit compte à ma cour de toute œuvre félonne.

AGNES

Et Jean a-t-il paru, sire?

PHILIPPE

Non pas, vraiment; Jamais le criminel ne s'offre au jugement.

Mais n'importe; ma cour, pour meurtre et perfidie, A déshérité Jean du fief de Normandie.

— Ah ! notre bonne cour 1 son arrêt , j'en répond , D'une nouvelle époque est le début fécond.

C'est la première fois qu'elle juge un monarque ; iVesi de mes volontés une éclatante marque.

Je veux qu'on sache bien que , parmi mes vassaux , Il n'en est pas un seul, et j'entends des plus hauts, Qui doive , à l'avenir, conserver l'espérance D'écarter de son fief la main du roi de France.

— Mais il faut maintenant exécuter l'arrêt ;

Car tu comprends, Agnès, quel affront ce serait, lorsque publiquement j'ai prononcé la peine , Que mon glaive dormît sur ma sentence vaine.

ni AGNÈS DE MÉRÂNIE.

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