GUILLAUME DES BARRES, ROBERT D'ALENÇON
Les portes du palais sont ouvertes. Guillaume est assis sur le devant de la scène. — Robert arrive du fond de la cour, et regarde de tous eûtes avec étonnement.
BOBERT.
(!;*est étrange!
Apercevant Guillaume.
Ah! — Seigneur chevalier, dites-moi Si ce palais désert est bien celui du roi ?
GUILLAUME
Oui, comte Robert.
BOBEBT.
Quoi ! — J'arrive à la bonne heure , Et ne pouvais choisir de rencontre meillebre, Sire Guillaume I J'aime à retrouver céans Mon compagnon de guerre aux pays mécréants.
GUILLAUME, lui serrant la main.
Comte...
ROBERT
Vous souvient- il qu'en terre de Syrie Nous avons mis à fin mainte chevalerie?
458 AGNÈS DE MÉRÂME.
Les tours de Saint-Jean-d'Acre ont connu nos cimiers ; A Tassant des remparts nous montions les premiers; £t, quoique, depuis lors, nous ayons fait la guerre. Vous pour Philippe , et moi pour Richard d'Angleterre » Je n*ai point oublié, quel que fût mon parti. Qu'au métier des combats je suis votre apprenti.
GUILLAUME
Soyez le bienvenu, comte Robert, en France.
Je me souviens aussi de votre bonne lance; Souvent j*eus à rougir qu'un de nos jouvenceaux Devant moi, vieux guerrier, parût dans les assauts.
— Comte , vous visitez un lugubre royaume.
ROBERT
Qu'est- il donc arrivé chez vous, sire Guillaume? Je viens de Normandie, et j'apporte, je croi. Des offres qui plairont à monseigneur le roi ; Mais tout ce que j'ai vu m'est d'un sombre présage : Un silence effrayant régnait sur mon passage ; Ceux que j'ai rencontrés marchaient le front baissé; Nul ne se retournait, quand il avait passé; Vainement je cherchais , aux balcons des ruelles , Le sourire agaçant des jeunes demoiselles ; La fenêtre inmiobile et les rideaux fermés D'aucun regard furtif ne se sont animés ; £t, comme si j'entrais dans une cité morte.
Je trouvais un cercueil placé sous chaque porte.
— Ici même , on dirait d'un palais endormi Qu'une fée a touché de son doigt ennemi :
Aucun garde ne veille à la barrière ouverte ; J'ai , sans introducteur, franchi la cour déserte . Et n'ai rien entendu que mon pas inquiet ,
Le long du corridor solitaire et muet.