‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 114 sur 223 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Quel est le crime affreux dont je me suis flétrie? Est-ce d'avoir pu croire, après tout le clergé, Que Philippe était libre, ainsi qu'on l'a jugé? Et, si c'est mal jugé, moi, votre humble servante, Plus que tous vos docteurs devais-je être savante? Est-ce d'avoir pensé que nous étions unis, Nous qui par l'archevêque avons été bénis?

Est-ce d'avoir trop bien écouté ce précepte, Qu'il faut être fidèle à l'époux qu'on accepte? Ce sont là mes forfaits pourtant !

LE MOINE

Madame, adieu.

Vous vous justiflrez au tribunal de Dieu.

AGNÈS

Un instant ! attendez ! Souffrez qu'on délibère ! Je ne me plaindrai plus; restez là, mon bon père!

— Ne le déposez pas !

LE MOINE

J'exécute l'arrêt.

AGNÈS

Ne l'exécutez pas, monseigneur, s'il vous plaît! Pourquoi l'exécuter? C'est encore un mystère; Vous seul du sceau fatal êtes dépositaire ; Vous feindrez au besoin de l'avoir égaré, On s'en repent peut-être, et l'on vous saura gré.

— Dieu! quelle anxiété! Je reste, on le dépose; Je m'en vais, il me suit; et c'est la même chose.

— Mon père ! c'est en vous qu'est mon unique espoir ! Comment m'y prendre, hélas! pour mieux vous émouvoir? Grâce! grâce! — Oubliez d'orgueilleuses paroles.

Je me justifiais par des raisons frivoles.

fit AGNÈS DE MÉRANIE.

Oui, je suis criminelle, et le dis hautement. Pardonnez-moi mon crime, au nom du Dieu clément! Par votre saint habit qu'à vos genoux j'embrasse, Par votre saint rosaire, accordez-moi ma grâce! Si vous me repoussez, c'est fait de moi ! — Merci! Je ne vous quitte pas, sans avoir réussi.

LE MOINE, levant les yeux au ciel.

Seigneur! venez en aide à ma force ébranlée!

("est grand' pitié de voir cette âme désolée.

AGNES

Grâce !

LE MOINE

Pour m'aflermir, Seigneur! rappelez-moi Les droits impérieux de votre sainte loi!

AGNÈS

Grâce !

LE MOINE

Je suis ici l'instrument d'un autre homme ; Celui qu'il faut fléchir, pauvre femme, est à Rome.

Conduisez-moi vers lui! je le prîrai si bien, Qu'il me pardonnera, lui, le premier chrétien. C'est le représentant du Sauveur; ce doit être L'ami des affligés, comme son divin maître.

Sera-t-il pas touché, quand il verra de près L'habitude des pleurs empreinte sur mes traits? Car trembler et pleurer, c'est ainsi que j'existe ; Je ne me souviens plus comment on n'est pas triste. — Oh'! comme il jouira de mes ravissements !

Quelle douceur pour lui dans mes remercîments! Aux transports inouïs de ma reconnaissance ,

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