ACTE PREMIER
VERGNIAUD, debout et la coupe en main.
A ton éternité, République naissante!
Tous se lèvent.
Sois généreuse et forte, équitable et puissante; Combats tes ennemis , mais pardonne au malheur ; Fais oublier les rois par un règne meilleur.
Tu vivras, si, croyant toi-même à ta durée, Tu poursuis lentement ton œuvre mesurée, Et si, pour convertir ceux qui doutent de toi, Tu comptes sur l'amour et non pas sur l'effroi.
Au moment où il approche la coupe de ses lèvres, madame Roland lui retient le bras.
MADAME ROLAND
Souhaitez plus encor. Pour la rendre accomplie,
Souhaitez qu'elle soit élégante et polie.
Le langage élégant donne les douces mœurs,
Et la férocité rougit de ses clameurs.
— Ouvrez l'amphithéâtre, et préparez les fêtes!
Parlez , grands orateurs ! chantez , divins poètes !
Et des fleurs de Platon Ton va vous couronner,
Non pas pour vous bannir, mais pour vous enchaîner.
La noble République, où le ciel nous convie,
N'abaisse pas la gloire au niveau de l'envie;
Nous n'aurions fait que perdre au change des tyrans,
S'il fallait qu'on subît le joug des ignorants.
A Dieu ne plaise! — En fait de mœurs républicaines,
Laissons la Réotie; amis, soyons d'Athènes.
Bile détache un bouquet de roses de sa ceinture , et l'effeuille dans la coupo de Vergniaud. Buzot et Louvet tendent leur verra pour y recovoir quelques feuilles de rose.
Mêlons, comme les Grecs avaient accoutumé, Le parfum de la rose et le vin parfumé ;
Et que le souvenir de cet antique usage D'un siècle athénien soit le premier présage !
VERGNIAUD, se penchant vers Barbaroux.
Barbaroux, si j'en crois mes sentiments secrets, N'effeuillons pas la rose; effeuillons le cyprès.
11 reprend la coupe et l'élève.
N'importe ! De mon sang la coupe serait pleine, Que je boirais à toi, France républicaine; Et ton avènement sonnerait notre mort, Que ceux qui vont mourir te salûraient encor.
Il boit.
TOUS, élevant leurs verres.
Vive la République !
BARBAROUX
Aux lois!
BUZOT
A la clémence !
VERGNIAUD
A la raison humaine!