‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 68 sur 223 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

/ Ce n'est pas seulement un héros , c'est un roi ; Et, quand il a dicté sa volonté suprême, Il s'assied à mes pieds, comme tu fais toi-même; Son front majestueux, plein d'un royal souci, Par mon premier sourire est soudain éclairci : i II fait ce que je veux ; il me nomme sa reine ; Ce lion formidable est docile à ma chaîne ; Et, nouvelle Genièvre, il me suffit d'un mot Pour enchanter le cœur d'un nouveau Lancelot. Marguerite ! — enfin ma fortune m'effraie ; Je n'ose pas encor croire qu'elle soit vraie. Je n'ai pas mérité ce bonheur surhumain , C'est une erreur du sort, qui peut finir demain.

MARGUERITE

Non, ce n'est que justice, ô chère dame! Aucune N'est plus digne que vous d'une telle fortune. Les bénédictions des cœurs que vous gagnez Témoignent assez haut qu'à bon droit vous régnez, Et le sort n'eût pu faire un choix plus légitime Que d'unir la meilleure et le plus magnanime.

AGNÈS. d U . JP

Ah! qui sait, Marguerite! On en disait autant f : c / \ p* l>K

A celle qui fut reine avant nous; et pourtant, ^{^ ,^ / Cette triste Ingelberge, au fond d'une abbaye, 'T" Pleure, à l'heure qu'il est, sa gloire évanouie. — Son image parfois me vient comme un remords

MARGUERITE

Pourquoi donc? car enfin vous n'avez aucun tort:

Vous n'avez désiré ni préparé sa perte ;

Avant qu'on vous l'offrit, sa couche était déserte;

Kt ce fut sûrement un divorce fondé ,

Dès lors que les prélats l'ont ainsi décidé.

AGNÈS

Il est vrai.

MARGUERITE

Puis, autant vous êtes bonne et belle, Autant la grâce en vous est chose naturelle, Autant elle était triste ; et son fâcheux aspect N'inspirait ni l'amour ni même le respect.

— Aussitôt que le roi l'aperçut , on raconte Que, la voyant si laide, il en pâlit de honte, Et que jamais depuis , contraint de l'aborder, 11 n'a pu faire effort jusqu'à la regarder.

Si bien qu'on le plaignait, disant : « C'est grand dommage Qu'un si beau chevalier soit en pareil servage ! »

C'est assez, Marguerite; épargnons le malheur. Aussi bien, nous avons un entretien meilleur.

— Parle -moi de Philippe; exalte -moi sa gloire: Redis- moi quelle fut sa plus belle victoire.

— Mais , pauvre enfant , toujours je te parle de lui , Et pour d'autres que moi c'est peut-être un ennui. Que ne peux- tu bientôt connaître par toi-même, Marguerite , l'orgueil de vanter ce qu'on aime !

Car nous échangerions de plus longs entretiens , Si par tes sentiments tu comprenais les miens ; J'aurais à qui parler de ma joie abondante ; Je serais , à mon tour, docile confidente ;

— Et voyons, réponds -moi comme à ta bonne sœur : A songer à quelqu'un n'as-tu point de douceur?

MARGUERITE

Je songe à vous, madame, et ne songe à nul autre, Et ma vie est heureuse à l'ombre de la vôtre. Que puis-je désirer auprès de vous? Mes jours,

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