GUILLAUME DES BARRES, AGNÈS
AGNÈS
Dieu ! le moine est revenu !
— C'est le moine !
GUILLAUME
Il est vrai.
AGNÈS
Je l'ai bien reconnu.
Oh ! je le vois souvent dans mes songes. D'avance , À de soudains frissons, j'ai compris sa présence.
— Que vient-il faire ici?
GUILLAUME
Je ne sais.
AGNÈS
Je prévois Qu'il nous apporte encore un malheur.
GUILLAUME
Je le crois.
AGNÈS
Il leur faut leur victime ! et leur main furibonde , Pour abattre une femme, ébranlerait le monde 1
Qu'ils soient fiers ! me voilà malheureuse à leur gré. — J'ai réfléchi, Guillaume, et je m'exilerai.
GUILLAUME
Je m'incline humblement. Nos vertus, à nous autres, Ne sont que jeux d'enfant, madame, auprès des vôtres.
AGNÈS
Ah ! ne me parlez pas de vertu ! Croyez-moi ,
Ce n'est pas par vertu que je quitte le roi;
C'est par amour, c'est pour sauver celui que j'aime ;
C'est que j'ai mieux aimé Philippe que moi-même.
A quoi bon la vertu, puisqu'en voilà l'effet?
Que craindrais-je de pire, après avoir forfait?
Que dis-je! je pourrais alors, la tête haute,
Recueillir les profits réservés à la faute:
Mais, parce que mon cœur est resté pur toujours,
Je me vois arrachée à mes chastes amours;
Je m'en vais, sous le poids de la haine publique,
Emportant l'anathème, et le nom d'impudique,
Loin de mes deux enfants, et loin de mon mari,
Traîner dans mon exil un veuvage flétri.
— Dites! pour que je sois si durement traitée, En quoi cette rigueur est-elle méritée?
GUILLAUME
Votre infortune est grande, il le faut avouer; Mais aussi, n'est-ce rien que de se dévouer?
Peut-on payer trop cher, par aucune souffrance , L'honneur d'avoir sauvé le royaume de France?
AGNÈS
Eh ! que me font encor la France et les Français ! Non, je n'ai pas voulu les sauver. — Je les hais.
— Votre France ! Il sied bien que je m'en mette en peine, Quand elle n'a rien fait pour défendre sa reine!