‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 98 sur 223 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Et ton dédain pour moi n'est que trop légitime. Mais, s'il n'a plus l'amour, ton cœur a la pitié ; Il s'est encore ému d'un reste d'amitié, Et tu ne voudrais pas, clémente au misérable, Joindre ton abandon à tout ce qui m'accable.

— Sois bénie en cela ! Quand tu m'aurais quitté , Je n'aurais pas le droit d'en paraître irrité; Mais, puisque ta pitié s'est montrée infinie,

— Hélas! c'est ta pitié! — n'importe, sois bénie!

AGNÈS, à part.

A Philippe.

Et moi qui vais partir ! malheureuse ! — Seigneur,

Par le cher souvenir de notre ancien bonheur,

Par la sérénité de nos amours passées ,

De grâce, au nom du ciel, n'ayez pas ces pensées!

Ne les ayez jamais, quoi qu'il arrive!... Ah! Dieu!

Moi, ne plus vous aimer! moi, vous estimer peu!

Eh ! qui donc dans le monde est votre égal? Quel autre,

Peut se glorifier d'un nom comme le vôtre?

Tout est à vous : génie, éclat, bonté, valeur.

Vous grandissez encor de tout votre malheur.

— Je vous accuserais, moi! Que puis-je reprendre? Pourquoi donc souffrez-vous, sinon pour me défendre?

— Que parliez-vous tantôt d'appareil souverain? La perte ne m'en fait ni plaisir ni chagrin;

Je ne m'en souviens pas. — Ce palais désert, sire, Est un vivant palais où votre amour respire ; Ces murs silencieux ont pour moi des échos Qui murmurent toujours le bruit de vos propos; Et pas un lieu de fête et de réjouissance , Avec toute sa foule et sa magnificence, Ne me parait si plein et si resplendissant

Que cette solitude où vous êtes présent.

PHILIPPE

Dis-tu vrai? — Mais pourtant la pâleur de ta joue!

— Tes larmes !

AGNES

Eh bien, oui, j'ai pleuré; je l'avoue.

C'est que j'ai vu celui qui nous est trop connu. Le moine, — vous savez, — le moine est revenu.

PHILIPPE

Le moine est revenu ! Tant mieux : c'est bon augure.

AGNÈS

Quoi!

PHILIPPE

C'est la paix, Agnès, qu'il est venu conclure.

AGNÈS

La paix! Que dites-vous!

Oui. — Je me Suis soumis.

J'ai demandé pardon, moi, le roi; j'ai promis, Sachant que la croisade est le rêve du pape, Que, s'il voulait lever l'interdit qui nous frappe, J'irais en terre sainte , et m'acheminerais En tête d'une armée équipée à mes frais.

— Ah ! la querelle ainsi n'eût pas été vidée , Si j'avais donné suite à ma première idée !

Mais tes larmes tombaient sur mon cœur amolli, Et ton repos, Agnès, m'a commandé l'oubli.

AGNÈS

Et le pape voudra , n'est-ce pas ?

PHILIPPE

Je suppose Que l'envoi du légat n'a pas une autre cause.

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