VERGNIAUD, BARBAROUX, DEUX GIRONDINS
assis autour de la table dans l'ordre indiqué. — .\u fond
ocATHE Domestiques.
BARIîAROUX, montrant aux convives Vergniaud, absorbé dans ses réflexions, puis s'adressant à celui-ci :
Réveillez-vous , Vergniaud , taciturne rêveur ! Daignez nous accorder quelques mots par faveur. On connaît les façons de votre nonchalance :
23i CHARLOTTE CORDAV.
\ous f<;igii(îz d'écouter pour garder le silence , Et vos rêves, suivant paisiblement leurs cours, Bercent leur doux sonuneil du bruit de nos discours.
MADAME ROLAND
Non , laissez , Barbaroux ; respectons sa pensée, dardons-nous d'interrompre une a-uvre commencée. Qui sait ce qui s'achève en ce recueillement!
A Vergniaud.
N'écoutez pas, Vergniaud. Méditez longuement;
Méditez, s'il est vrai qu'abjurant sa paresse,
Vergniaud prépare enfin la foudre vengeresse ,
Et, dénonçant le vol et les assassinats,
Promette Cicéron à nos Catilinas.
Ah! si j'étais Vergniaud, pour une œuvre pareille
Je ne m'épargnerais ni fatigue ni veille ;
J'aimerais mieux, le front appuyé sur la main,
Pâlir depuis le soir jusques au lendemain.
Que de laisser ma force un moment inféconde ,
Puisqu'on la tient de Dieu pour la donner au monde.
— Mais vous vous reposez, et c'est mal à propos;
Qui peut si bien agir n'a pas droit au repos.
A quoi sert-il qu'un homme, au cœur patriotique.
Ait hérité, chez nous, de l'éloquence antique.
Si , quand tous les tyrans ne sont pas abattus ,
Nous devons lui crier : « Tu dors , tu dors , Brutus ! »
VERGNIAUD
Eh bien, donc, que Brutus se charge de m'absoudre. Lui qui savait dormir et savait se résoudre. D'ailleurs, à son réveil, hélas! qu'a-t-on gagné? Il a tué César; mais Auguste a régné.
Le cours de toute chose a ses sources lointaines Où s'amassent longtemps les passions humaines ,