‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 23 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BARBA ROUX '

Oui, donnons notre sang; mais qu'il coule avec gloire

Pour notre indépendance et notre territoire.

Quant à tendre la gorge au fer d'un assassin,

Par mes bons Marseillais! ce n'est pas mon dessein.

— On menace vos jours ; voulez-vous les défendre , Attaquez les bourreaux, au lieu de les attendre. Les meurtres de septembre appellent des vengeurs, Et nul ne s'est levé contre les égorgeurs !

La Commune a trempé dans cette boucherie;

Elle l'a commandée; elle la salarie;

Et, fière apparemment de ses hideux exploits.

Au corps législatif elle dicte des lois;

Périsse la Commune ! — Il est à côté d'elle

Une caverne où gronde une émeute éternelle.

Le club des Jacobins opprime nos débats.

Et ses pétitions, insolents attentats,

Aux applaudissements de la foule accourue,

Dans l'enceinte des lois font déborder la rue;

A bas les Jacobins! — Mais tous ces factieux

Ne sont que les agents de trois ambitieux ;

A vous donc, triumvirs, à vous mon cri de guerre,

Septembriseur Danton ! dictateur Robespierre !

Et toi, l'enfant perdu de ce triumvirat.

Toi qu'on ne peut nommer sans dégoût , toi , — Marat

— Quoi ! ce prédicateur du meurtre et du pillage , Il votera les lois que sa présence outrage !

C'est un représentant de ce noble pays ! Ce monstre s'assoira dans nos rangs ébahis !

1. Barbaroux, Louvet, et quelques-uns des girondins, à droite; madame Roland, Roland, Sieyès, Vergniaud, à gauche; un peu plus haut à gauche, les autres girondins.

238 CllAKLUTTl- CUMDAV.

Noiij s'il dépend de moi. Contre l'ignominie J'aurai de la colère à défaut de génie. S'il faut })rotester seul, seul je protesterai, Et, si Vergniaud se tait, c'est moi (jui parlerai.

LOUVET

Je serai ton second. — Mais que Vergniaud s'explique.

MA F) A. ME ROLAND, assise à gauche près de Sieyès et de Vergniaud.

Vous l'entendez, Vergniaud '? C'est la clameur publique.

VERGNIAUD

J'ai pesé le mandat dont on veut me charger : Je ne recule pas; mais je vois le danger.

S'approchant de Barbaroux et de Louvet.

Tous les frémissements de votre conscience

Soulèvent dans mon sein la même impatience;

J'ai septembre en horreur; je m'indigne avec vous

Du contact des bourreaux (jui siègent parmi nous ;

Il faut que nous brisions la Comnmne rebelle ,

Si nous ne voulons pas être brisés par elle;

Enfin je ne sais pas un seul gouvernement

Qui sous le feu des clubs puisse vivre un moment.

Oui, Barbaroux, c'est là que l'anarchie ameute

Une minorité qui règne par l'émeute;

Nous sommes sous le joug d'un millier de tyrans

Qui prétendent traiter la France en conquérants;

Ils ont, pour opprimer la vertu travestie,

Imaginé d'en faire une aristocratie,

Et le crijue, impuni sous un nom courtisé,

Dans leur nouveau langage est démocratisé.

Oui , c'est vrai. — Je prévois que cet essai terrible

Rendra la liberté pour longtemps impossible;

Et que la France, après un si rude labeur,

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