‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 40 sur 112 · ACTE DEUXIÈME. 25o · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. 25o

Montrant le rideau d'arbres.

Ce rideau d'arbres verts en lignes déployés?

Quand vous l'aurez franchi , vous verrez dans la plaine

Fumer déjà les toits de la ville prochaine.

BARBAROUX

Merci, madame. — Amis, le sort moins rigoureux Marque nos premiers pas par un présage heureux. Cette rare faveur d'entendre une voix pure Est douce à des proscrits poursuivis par l'injure.

— Rendons grâces aux dieux, et marchons.

CHARLOTTE

Etranger, S'il m'est aussi permis de vous interroger, \ous vous dites proscrit ; vous émigrez sans doute ?

— On voit tant d'émigrés le long de cette route ! — Mais nous ne savons pas dénoncer les proscrits ; Parlez donc franchement : — venez-vous de Paris ?

BARBAROUX

Nous en venons, madame.

CHARLOTTE

Ah ! dites-moi , de grâce !

A quel bruit faut-il croire, et qu'est-ce qui s'y passe?

— On parle d'une lutte.

BARBAROUX

Elle est finie.

CHARLOTTE

Eh bien ? — Quoi? — Qu' est-il arrivé? — Car nous ne savons rien.

BARBAROUX

Marat triomphe.

CHARLOTTE

0 ciel !

BARI5AR0UX

La gironde est détruite.

CHARLOTTE

Dieu puissant !

BARBAROUX

Aujourd'hui, ses débris sont en fuite.

CHARLOTTE

Ah! que me dites-vous! — Ah! malheur imprévu!

— En êtes-vous bien sûr?

BARBAROUX

Je dis ce que j'ai vu.

Demain , vous apprendrez , ainsi que tout le monde , Que trois jours de tempête ont brisé la gironde.

— Mais l'heure ne sied pas à des récits plus longs; La nuit nous surprendrait errants dans ces vallons.

CHARLOTTE

Ne craignez rien ; la ville est prochaine , vous dis-je : Puis je vous donnerai quelqu'un qui vous dirige. Non; dussé-je vous suivre, et l'entendre en chemin, Ce récit m'émeut trop pour remettre à demain.

— Parlez, je vous en prie.

lîARBAROUX.

11 me suffit, madame.

Louvel va s'asseoir sur le tronc d'arbre renversé. — Pétion et Buzot se tiennent auprès de lui.

— Quant aux événements qui précèdent ce drame...

Je sais tout.

BARBAROUX

Vous savez comment les girondins Ont soulevé contre eux tant d'ennemis soudains?

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