‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 77 sur 112 · CHARLOTTE, LA PETITE FILLE, LA JEU.NE EEMME · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, LA PETITE FILLE, LA JEU.NE EEMME

LA JE U X E V E M M E , à Charlotte.

dette enfant vous ennuie: excusez-moi.

Elle veut emmener l'enfant, que Charlotte retient. CUARLOTTE.

Non pas; Je prends plaisir à voir ses gracieux ébats.

LA JE u X E F E .M M E , s'asseyant près de Charlotte.

Avez-vous donc, vous-même, une petite fille?

CHARLOTTE

Je suis seule en ce monde, et n'ai point de famille.

LA JEUXE FEMME.

Si jeune et toute seule à Paris! — Mais, du moins. Vous avez des amis qui vous donnent leurs soins?

CHARLOTTE

Je n'y connais personne, et n'y suis pas connue; Pour la première fois, hier, j'y suis venue.

;J0S CllAKLOTTH C, OKI) AV.

Je compi'oiuls; vos |)areiits sont peut-être en prison,

— On morts, — et c'est ponrcpioi vous fiiye/ la maison?

(Hiarlotto ne répond pas.

— Pardon; je renouvelle ainsi votre tristesse; Mais c'est qu'en vérité votre sort m'intéresse.

Que ferez-vous, ])()n Dieu! sans amis, sans parent. Isolée, au milieu de ce Paris si ^rand !

— Où logez-vous?

CHARLOTTE

Dans un hôtel.

LA JEUNE FEMME

Quelle ressource Avez-vous, pauvre enfant?

CHARLOTTE

J'ai de l'or dans ma bourse.

LA JEUNE FEMME

Et cet or épuisé...? Savez-vous un état?

CHARLOTTE

Aucun.

LA JEUNE FEMME

Cela se voit à votre air délicat ; Mais , quoique le travail soit pour vous chose neuve , Il faut s'y résigner en ces moments d'épreuve.

— Écoutez-moi : je suis la femme d'un luthier: Nous gagnons notre vie à cet humble métier. , Pour un hôte de plus ma table est assez large; Venez ; ne craignez pas de nous être une charge ; Aux travaux de notre art je puis vous employer, Et l'œuvre de vos mains paîra votre loyer.

CHARLOTTE

Vous êtes heureuse?

ACTIi: OUAÏHIKME. 309

LA JEUNE FEMME

Oui, nous vivons en famille.

J'assiste mon mari; je vois grandir ma lille,

CHARLOTTE

Vous n'avez donc pas peur?

L A J E U \ E F E »ni E .

Mais non. Que craignons-nous?

Notre destin obscur n'attire pas les coups; Et, d'ailleurs, mon mari, content dans son ménage, INe hante pas les clubs et i-este à son ouvrage.

CHARLOTTE, à eUe-même.

11 est donc dans Paris, dans l'enfer déchaîné. Pouvant s'aimer en pai\, un couple fortuné!

Elle se lève.

Ah ! qui suit la nature est dans la bonne voie : <"est là qu'est la sagesse, et c'est là qu'est la joie; Nous naissons pour aimer, et c'est notre mandat D'animer le foyer, non de venger l'Etat.

Portant la main sur sa poitrine , à l'endroit où elle a caclié son couteau.

Dieu! cet allreux acier me glace la poitrine.

Je te laisse au bourreau; va-t'en, lame assa.ssine !

Elle jette le couteau sous un banc.

LA JEU\E FEMME, venant vers Charlotte, et tenant la petite lille par la main.

Les groupes menaçants deviennent plus nombreux ; Il est temps de partir. — Quoi! vous allez contre euxl

Je voudrais écouter ce qu'on dit.

LA JELiVE FEMME, la retenant.

Impossible !

;{|(» (;iIAI{[,()TTI'; COHDAV.

Tout et; (iii'oii ciitriid là, voyez-voiis, est horrible. — Sui\<'Z-moi: profitez de mon olïVe.

cil Vnr.OTTi:, aireclueuseraent.

Merci.

Laissez-moi rélléciiir. Neiiez demain ici.

La jeune femme incline la U-te, en signe de consentement; elle sort, emmenant la petite lillc, qui envoie un baiser à Charlotte.

CHARLOTTE, regardant la jeune femme qui sort.

Va: jouis d'un bonheur dont je me sens jalouse. Adieu, joyeuse mère! adieu, joyeuse épouse!

Elle va vers les groupes.

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