ACTE QUATRIÈ^IE
MA RAT
Tu n'y comprends rien.
DANTON"
j\on ; je n'ai pas ce génie.
Je veux tout simplement briser la tyrannie; Qu'elle vienne d'en haut, qu'elle vienne d'en bas, Elle est la tyrannie, et je ne l'aime pas.
MA RAT
•rest fort bien. Va du pauvre au riche que tu llattes; Prends-toi d'amour subit pour les aristocrates ; Va, va, ce n'est pas toi qui les peux relever;
— Prends garde de te perdre , en voulant les sauver ;
Il passe devant Danton.
Quant au peuple, il saura se passer de ton aide.
— Tu m'as interrogé; je t'ai dit le remède...
DANTON
Beau remède !
MA RAT, revenant vers la tabla.
Nommez sans délai, sans retard, Nommez un dictateur. — Demain sera trop tard. Le peuple vengera lui-même son injure, Et ce sera terrible alors, je vous le jure. Uien n'arrêtera plus l'efl'usion du sang; Moi-même à la régler je serais impuissant. Le peuple, brandissant le glaive de l'archange : <( Bavardez, dira-t-il, bavardez!... Je me venge. )> Kt son glaive au fourreau ne sera pas remis, (^u'il n'ait exterminé ses derniers ennemis : (]ourtisans, financiers, accapareurs, pirates, Ro!)ins, calotins, bref, tous les aristocrates.
Il se remet à marcher.
:{2.S CHARLOTTK COH DA V
Aristocrates! bah! vieux mot! spectre abattu!
— Où sont-ils? qui sont-ils? à quoi les connais-tu?
MABAT.
C'est facile : les mains blanches et délicates, Les dentelles, l'habit de soie, — aristocrates! Quiconque est en voiture, ou sort de l'Opéra, Tient maison , a valets , chevaux et caetera , Aristocrate! — On peut le tuer sans scrupule.
Il va tomber épuisé clans le fauteuil qui est près de la clicrninée :'» gauche. Danton se rapproche de Robespierre, toujours assis; ils se regardent tous les deux avec stupéfaction.
DAXTOX.
C'est la pleine démence.
ROBESPIERRE
Atroce et ridicule !
J)AJ\T<)-\, allant à Marat, qu'il touche sur l'épaule, et lui parlant d'un ton compatissant.
La fièvre est dans tes yeux et brise ton accent;
Les persécutions ont enllammé ton sang;
Les cachots souterrains qui t'ont prêté leur ombre,
Ont laissé sur ton cœur quelque chose de sombre.
Repose-toi, Marat, et sache à ce propos
Que la Convention te permet le repos.
MARAT
C'est beaucoup d'intérêt; merci; je t'en dispense. Je ne suis pas encor si malade qu'on pense. Sois tranquille ; il me reste en ce corps si chétif , Pour ôter plus d'un masque, un sang assez actif.
Il se lève.
Oui, j'ai vécu trois ans dans les caves funèbres; Conune l'oiseau de nuit, j'ai hanté les ténèbres: