‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 136 sur 234 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

— A propos, que devient raflaire en question? Serai-je du conseil d'administration?

SIMONNET

Mais, à vous dire vrai, ce point nous embarrasse.

LE DUC

Peut-être que je suis de trop petite race ?

SIMONNET

Oh! ce n'est pas cela. Je sais qu un grand seigneur.

En touchant une part, nous fait beaucoup d'honneur;

Mais j'ai trouvé des gens moins sensibles au lustre

Que sur le prospectus répand un nom illustre.

<c Sans doute la noblesse a du poids, m'a-t-on dit;

Mais c'est vers les écus que penche le crédit.

Le siècle est si grossier que les actionnaires

Estiment moins les ducs que les millionnaires ,

Et sont plus attirés par un rustre enrichi

Que par un fils des preux menacé de Clichy. »

LE DUC

Ces gens-là sont des fats, mon cher.

SIMOXNET.

Je le confesse.

LE DUC

Ils n'étaleraient pas le luxe qui nous blesse,

Si, pendant qu'on voyait leurs pères aux moulins,

Nos aïeux ne s'étaient battus pour les vilains.

LELIO, au milieu d'un groupe voisin.

Autre temps, autres mœurs. Les maisons renommées Briguaient jadis leur place en tête des armées; Le nom, changeant d'époque, a changé de vertus, Et place un gentilhomme en haut des prospectus.

Le duc s'éloigne.

SIMONNET

Ah ! âh ! notre cher duc ! il a du plomb dans l'aile, ('/est bien fait.

ALFRED, s'approchant de Simonnet.

Quelle est donc cette affaire nouvelle

SIMONNET

Voici : nous achetons aux Espagnols Cuba, Et nous la revendons aux États-Unis.

ALFRED

Bah!

— Eh! que n'achetez-vous, ce serait plein d'astuce, ( Constant inople au Turc, pour le revendre au Russe !

On rit.

TiiOMAS.

Messieurs, ces beaux projets, qui vous semblent plaisants.

Ne nous arrangent pas , nous autres paysans ;

Tout l'argent va chez vous, et les propriétaires

N'en peuvent plus trouver pour cultiver leurs terres.

Par exemple, voulant dessécher des marais.

Je cherchais un emprunt , même à gros intérêts ;

Vh ! oui ! — le capital, à nos champs infidèle.

S'envole vers la Bourse où la prime l'appelle.

Et chez les étrangers fait pleuvoir les milliards.

Sans qu'il en tombe un sou parmi nos campagnards.

LÉLIO

Patientez; la Itourse a de grosses bourrasques Qui rendront plus prudents les capitaux fantasques; Vous verrez revenir vers les champs négligés (les nombreux déserteurs, rudement corrigés.

A Simoanet.

Voyons, n'avez-vous pas quelques légers scrupules D'exploiter à ce point les bonnes gens crédules?

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